mercredi 20 mars 2013

Show time!



Vous avez les Césars, nous avons les Bafta seulement ici au 128, on a regardé les Oscars. On sait que ce n’est qu’un barnum superficiel, du strass, de l’auto publicité, des tapes hypocrites dans le dos. Ça ne nous a pas échappé que ce n’est pas une cérémonie où l’on célèbre l’art mais une excuse pour nous en mettre plein la vue à coup d’habits de princesses et de marques de luxe. Ils se remettent des trophées pour des films grand public, tout le monde est beau et gentil et ne dit pas un mot plus haut que l’autre, bref, ça fait vomir. On est au courant, ça revient au même que de regarder Big Brother. Ils sont dans leur cage dorée et nous on mate. Mais c’est bon pour les yeux, c’est recommandé par la santé publique de se rêver en starlette du dimanche en regardant le défilé de belles robes et de coiffures extravagantes ; et puis on aime le cinéma dans les grandes largeurs alors pourquoi ne pas regarder cet évènement.


Alors voilà, on l’a enregistré  et au petit matin pour le biberon de George, Rosie qui s’est levée tôt aussi, et moi, bah, on se le regarde. Moi, en jogging et vieux pull informe et elle multivitaminée comme un jus de fruits avec ses feutres greffés à chaque doigt ; elle croque chaque apparition d’acteur. Elle a la gâchette facile, elle dessine comme elle respire.
Attendez, retour en arrière, je reviens sur le pull. Un jour Pip m’a dit « si tu le mets encore une fois, je te quitte ! » J’ai trouvé que c’était un peu fort de café. C’était injuste parce que je l’adore ce pull, c’est celui que je mets le matin au réveil, celui du petit déjeuner, celui de la routine, c’est mon nin-nin. Bref, c’était gratuit, inattendu et cruel. D’autre part, on ne donne pas d’ultimatum comme ça, sur les habits du matin. Je me change après, c’est pas ma tenue normale, faut être un peu ouvert d’esprit.
Mais, ça m’a fait réfléchir cette petite remarque désobligeante. Pourquoi n’aime-t-il pas ce pull ? Recherche rapide dans mon ordinateur interne. Voilà, ce que j’ai trouvé : souvent les matins, il part au boulot avant tout le monde et c’est la dernière image qu’il a de moi, une fois la porte claquée. Ça énerve tout le monde mais il claque la porte. Moi, en pyjama et pull informe. Il emporte ce petit pola trop mimi, incrusté dans ses yeux avec des cœurs partout, de moi, en pull patate. Et parfois, s’il rentre tard, je l’ai encore ce pull parce que sur le canap à regarder Downton Abbey, on est mieux en pull.

N’allons pas plus loin, le souci réside ici. Mais le mécréant oublie qu’entre le lever du soleil et son coucher, je suis une bombasse. Après la douche et le brushing américain, les 100 coups de brosse, la palette de maquillage, je suis une autre. Vous devriez me voir à l’école quand j’amène Rosie ! Toutes les mamans me regardent de haut en bas, on appelle ça le « check out » et puis les papas, c’est plus discret, du coin de l’œil mais c’est là, je le sens comme des petits messages volants qui disent « waouh, elle est trop belle la mère de Rosie ! ».
Je mets toujours cinq dix minutes à  rassembler mes esprits après cet instant charme et quand je rentre chez moi , je me dis que mon devoir est fait, je peux remettre mon pull parce qu’on s’y sent tellement bien, c’est comme une deuxième peau.

Ouh, voici le tapis rouge, une lilliputienne qui présente l’arrivée des stars et parle avec une voix qu’on a envie de lui mettre une tape derrière de la tête pour qu’elle se taise. 

Arrive ensuite Catherine Zeta-Jones ou Hillary Swank, c’est pareil, en belle robe rouge qui traine sur deux mètres. Dis quelque chose au micro.

Peut-être qu’au moins pour les Oscars je devrais me changer et faire un geste ? Honorer la cérémonie et l’effort que tous ces gens merveilleux ont mis dans la sape. Le pull, je l’enlève ? De toute façon, George vient de vomir dessus.

Attention, je m’insurge. D’où sortent ces fashion police qui ne ressemblent à rien et se permettent de commenter cruellement les fringues des stars, en direct, là, sur le tapis rouge, sans vergogne. « Helena Boham-Carter ? Oh my god, sa robe noire et blanche genre gothique, non, vraiment, ça va pas…mais en même temps à quoi peut on s’attendre d’elle !? ». Han, j’ai trop envie d’écrire à la police de Los Angeles ou à l’Académie des Oscars pour rapporter ces médisances. Il faut signaler les injustices. La politesse bordel ! Elle devrait plutôt parler des rideaux de la grand-mère d’Amanda Siegfried ! Quand elle va voir qu’elle en a faire une robe, a va pas être contente mamie Siegfried ! C’est pas humain de dire du mal des gens comme ça. Heureusement qu’on ne ressemble pas toutes à Heidi Klum – même pas actrice, qu’est-ce qu’elle fait ici - bonjour, le niveau alors, on parlerait de maquillage et de notre dernier parfum qui vient de sortir et de notre super beau corps toute la journée ? Faut-t-il te dire (je parle à cette dame qui critique la robe d’Helena Bonham-Carter) que même sur la planète Hollywood, il arrive  d’être beau et plus petit que Charlize Theron, plus grosse qu’Anne Hathaway (qui soit dit en passant a mis le tablier de forgeron de son papa pour cette occasion) et tu dis rien hein ?

Passons.

Rosie nous présente Quvenzhane Wallis la petite fille des Bêtes du sud sauvage, venue avec son sac chien, rapport qu’elle a juste 8 ans et qu’elle a droit à toutes les excentricités et les fautes de goût qu’elle veut : c’est une enfant. Qui devrait être au lit. Rosie a cru que c’était son vrai chien ou bien elle a confondu avec la mère de Bradley Cooper venu avec un petit boléro poilu blanc, vous m’en direz des nouvelles.

Arrive Harry Potter, himself, que Rosie a reconnu de suite et m’a demandé ou étaient ses lunettes. Tiens, bing, les voilà !
Et m’a dit « Ah mais maman, c’est Harry Potter ! Je savais pas que c’était un acteur, fallait me dire ! »

Là, avec l’oscar, ça peut être Ang Lee ou Daniel Day Lewis… Je suis assez fière de Rosie qui encore une fois a su capturer l’essentiel du moment. Les couleurs, le faste la démesure, l’ennui.

A part Amy Adams et Naomi Watts qui sont mes chouchoutes de la soirée, c’était comme d’habitude. Heureusement que Jennifer Lawrence est tombée, elle a redonné un coté humain à ce show, et une très belle photo noir et blanc qui circule sur le net. La nausée m’a prise à la standing ovation de tout le casting des Misérables, venu chanter un extrait de cet insupportable film. Cantonnons nous aux robes, on ne fait de mal à personne au moins. Petite touche finale gaie : Jane Fonda, critiquée aussi par la policière de la mode. Jane, elle peut mettre ce qu’elle veut, elle a 70 ans et un corps de rêve. Vive le jaune d’ailleurs.

Mon Oscar termine avec une  sortie au vitriol au sujet du tapis volant dans le dessins animés de la Belle et la Bête quand ils dansent tous avec les tasses, et ben, il dit que même le tapis, il a plus d’expressions que Kirsten Stewart.

Salutations distinguées.



Merci a ma fille Rosie qui m'inspire tous les jours.



mardi 12 mars 2013

HAPPY BIRTHDAY TO ME


Cette semaine sera spéciale car c’est mon annif samedi. Et pas n’importe lequel puisque je fête mes 40 ans. Oui, Madame. J’ai eu la présence d’esprit de laisser passer quelques amis avant moi, comme Cédric, pour voir ce que ça faisait. Ils ont passé l’épreuve haut la main. On m’avait prévenu que ce serait le moment des remises en question, des bilans et que c’est un cap pas toujours évident à passer.

J’ai eu ma mini déprime en Décembre – ça, c’est fait - que j’avais mise sur le compte des mes hormones et du manque de soleil. J’étais allée loin : rejet de 8 années de vie anglaise en disant que c’était nul et con et que j’avais rien fait de concret et de bien ici à Londres. Comme les jeans neiges, ça m’est passé. Enfin, c’est toujours un peu vrai mais je m’en fiche car j’ai compris que ma vie avait le Q entre deux chaises et que par conséquent côté France, j’avais fait pas mal de choses. On est à une semaine de mon anniversaire et j’ai un peu les chocottes. Pas au point d’avoir la diarrhée hein, mais j’ai vu le film de ma vie défilé devant mes beaux yeux verts et je m’imagine celui qui va suivre. C’est précisément ça qui fout la trouille ; se voir rendre hommage comme si on était la meilleure actrice de l’année, qu’on nous remettait une médaille pour avoir bien mené notre barque jusqu’ici. Moi, j’ai la robe Valentino – dans mon film – et je la tiens avec mes deux mains et je tourne comme une toupie pour qu’on me voie bien sous tous les angles -  et je remercie papa, maman pour m’avoir fait, moi, sans eux je ne serais pas ici. Ensuite, je remercie Mme Bergeron, ma maîtresse de CP que j’adorais même si elle me mettait toujours au fond avec Christelle Billard. Elle m’a appris à lire et à écrire donc sans elle je ne serai pas là ce soir. Et puis, la liste est longue, au mon Dieu, je suis désolée, je pleure, je voulais pas, sniff, sniff, ah merci Brad, heu Jude, pour le mouchoir, donc je disais…

Je sais plus. On perd la boule à 40 ans.

C’est aussi être au milieu. C’est le début de la fin. C’est  être bientôt au point où les enfants sont grands et partent vivre  avec leurs potes à Pétaouchnock. A part George il reste avec son papa et sa maman. J’ai dit aux deux autres qu’à 18 ans, ils pouvaient partir. Oscar veut faire le tour du monde, bien. Et Rosie, elle veut que je l’aide à trouver un mari. Bien aussi.

40 ans, c’est se dire qu’on a pas mal réussi, comme par exemple, moi, on le sait, les enfants, c’est fait. J’en voulais trois, j’en ai eu trois et ils sont ma plus belle réussite. Je fais des bons soufflets au fromage aussi. Questions amour, j’ai trouvé le bon mec, et ça mes cocottes, c’est pas chose facile parce qu’on a déjà parlé du Prince charming et on sait qu’il n’existe pas ; donc il faut trouver le sous prince, le prinçounet, celui qui a les galons, la classe, l’intelligence, l’humour, ah ça, s’est obligatoire, l’ambition bien placée, la gentillesse, le charme, le sourire ravageur. Bon, bah moi, je coche les filles, car je l’ai. Les amis. Alors, les amis, y’en a que je trimballe depuis 30 ans, c’est vous dire s’ils sont bons et tous les autres, je les lâche pas d’une semelle car ils sont trop supers. J’ai pas assez de doigts pour les compter mais ils ont tous quelque chose d’unique. Je les admire pour ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Juste un souci, ils sont en France et moi à Londres. Ah, la merde ! Non, pas la merde. Pour les correspondances longues distance et les visites occasionnelles depuis 8 ans, c’est top banana ! Donc je coche, que du bon cru. Ça me fait penser, et là, excusez-moi du rien à voir avec la choucroute, mais l’autre jour, je suis allée chez Marks & Spencer, mon supermarché locale et au rayon fromage, j’ai découvert (vous le connaissez déjà sûrement) un nouveau petit : le « Trou du cru » ! Pas mal, non ? Attention la contrepèterie. Ce qui nous amène à  ma famille. Oui, j’en ai une, un peu dispersée, un peu pas comme les autres mais elle existe et toujours là quand il faut. Comme les mammouths de l’âge de glace -le film - on se sert les coudes, on est présent quand ça va pas mais on n’est pas non plus les uns chez les autres en permanence. On peut pas de toute manière, on vit dans quatre régions et pays différents. Nous sommes par contre, incollables en skype, courriels et coups de fil gratuits. Allez, je coche aussi !

Bon, bah, 40 ans, je crois que c’est une réflexion plus interne. Pourquoi on est là (revenir sans arrêt sur la naissance des planètes, la préhistoire et tout le tintouin, ça commence à me lasser), qu’est-ce qu’on aurait aimé faire qu’on a pas fait (apprendre à faire des patchworks avec Monette, du bénévolat avec la Princesse Kate, le tour du monde en jet ski…) mais qu’il n’est pas trop tard de faire (du piano par exemple, du bénévolat avec la Princesse Kate ou l’Angleterre du Nord au Sud ?). On réfléchit à qui on est vraiment. Est-ce que je suis quelqu’un de bien ? Ou, vais-je le devenir d’ici mes 41. Oh putain, je vais avoir 41 ans un jour !!! Ça, ça me fout encore plus les boules que d’avoir 40.

Côté ride et peau qui tombe, j’y ai réfléchi. Il y a la chirurgie esthétique, et avec des bouquins à potasser et Youtube, on pourrait même se le faire soi-même non ? C’est déjà chiant de vieillir, si en plus faut ressembler à une vieille pomme.

En gros, je crois qu’à 40 ans, et vous me direz les quarantenaires si je me trompe, on atteint un semblant de sagesse. On bascule légèrement vers la carte vermeille. On est toujours frais et vaillant mais on sait maintenant que c’est la pente douce. On dit sagesse  mais on pense vieillesse, maturité, vieux pots et meilleures soupes. On réalise qu’on a moins de choix, l’étau se resserre et ça fait mieux de se dire qu’on s’en fout que d’essayer vainement de retourner en arrière. A part pour ceux qui osent la crise de la quarantaine pris par le démon de minuit. Pff pas bravo, on est en plein déni de soi et c’est mauvais pour l’entourage et la suite des évènements. Si je pouvais, y’aurait un truc ou deux que j’aimerais refaire ou plutôt ne pas faire. Mais serais-je ici sans mes erreurs ? Donc non, on ne va pas commencer à exhumer les vieux cadavres, qu’ils restent où ils sont.

Je ne regrette rien (je parle comme si je partais pour la lune demain) (ou comme si vraiment je faisais un speech pour les Oscars) (je dis jamais Césars car c’est trop chiant comme cérémonie),  mais y’a qu’une chose éventuellement qui me manque, c’est la foi. Je n’ai pas de Dieu ni de paroisse. J’aimerais avoir la fièvre du travail, être passionnée par ce que je fais, connaître l’émulation dans une équipe, vivre et me réveiller la nuit parce que j’aime ça et qu’une idée vient de me tomber sur le coin du nez. Avoir les doigts qui me démangent et le cerveau en ébullition parce que j’ai  une inspirationite aigue. J’ai de la chance d’avoir rencontré l’écriture grâce au blog (et Mme Bergeron) et de me sentir plus complète depuis, mais il y a tant à faire encore pour atteindre la maturité. Et c’est cette maturité qui compte le plus à mes yeux.

En fait 40 ans, dans mon cas, c’est une nouvelle ère, un début. Puisque si je me relis, j’ai tout ce que je veux pour être heureuse, je n’ai plus qu’à me concentrer sur une seule chose : l’écriture. Finalement, c’est presque de la chance cette histoire ; un ticket pour samedi s’il vous plait !



Merci à mon cher et tendre Pip Ayers pour son temps et son talent. Comme toujours, je suis en totale admiration.








mardi 5 mars 2013

En dansant la Javanaise...


La page blanche, ça arrive même aux bloggeurs. D’habitude capable d’être inspirée rien qu’au frottement des ailes d’un moucheron ou d’un rototo de George, je me retrouve cette semaine devant un réel manque d’inspiration. C’est la famine, le don’t know how, le goodbye Marylou et mes histoires sordides, l’ennui, l’envie de rien à part manger du chocolat 50 % plus de chocolat.

Et pourtant, il s’en passe des choses autour de moi. Une tornade d’énergie incontrôlable venant de mes enfants qui, hélas,  bougent sans arrêt – c’est le mouvement perpétuel - sautent jusqu'au plafond pour se faire entendre, dessinent sur des grandes feuilles de papier A3, crient pour que je les regarde, et finissent par trouver ma léthargie inhabituelle outrageante. J’ai mis un peu de musique dans ma tête parce que généralement ça me revigore. Mais pas aujourd’hui. Rien à faire, je reste stoïque et cafardeuse. Assise devant mon ordi pendant que Rosie regarde Edward aux mains d’argent, j’écoute en boucle le Bonnie and Clyde de Lulu Gainsbourg et de Scarlett Johansson. 

Cette chanson m’émeut et atteint une puissance céleste grâce à la voix de Scarlett. Mais, non, rien.  A part que maintenant, je me dis juste que, parfois, la nature fait bien les choses, elle met les bons seins et les bonnes têtes sur les bons derrières aux belles jambes comme elle a fait avec Scarlett. Non contente de réussir à en faire une jolie personne, elle lui a aussi mis la touche finale de la jolie voix grave qui peut chanter ; et quoi de plus sexy pour une femme voluptueuse que d’avoir une voix masculine ? (Parait qu’elle est conne). Ouais, j’aurais bien aimé avoir ses atouts gagnants quand même, j’aurai été encore plus supère qu’elle car je ne suis pas une diva capricieuse. Toujours pas un mot sur ma page. Après c’est Rufus Wainwright. Ah Rufus, tu me dis que tu t’en vas. J’ai envie de te dire ne me quitte pas mais ça serait une autre chanson. Toi aussi, Dame nature ne t’a pas épargné, en plus de ta belle gueule, tu as une jolie voix. Féminine ? C’est peut être la confusion des genres qui me plait. Les mots de Gainsbourg dans la bouche de Rufus m’arrachent des larmes, de mes yeux rougis par la fatigue car je me suis levée à 6 heures du mat. Mais lui, il pourrait me chanter la Marseillaise, que je pleurerai. On passe ensuite à Shane McGowan, et là un parfum de chips au vinaigre, de bière éventée et de pubs qui sentent le vieux pipi me passent sous le nez. J’adore. L’Angleterre, mon pays d’adoption. Espérons que je ne vais pas me faire un coup de nostalgie en plus d’avoir un peu le blues ce matin. Si son accent français est à couper au couteaux (à mon avis Lulu s’est mis à la phonétique pour cette chanson) et résonne plutôt comme si la reine d’Angleterre essayait d’imiter Jane Birkin avec trois patates chaudes dans la bouche et une gorgée d’Earl Grey refroidi, sa voix me réchauffe légèrement le cœur car elle me replonge dans des souvenirs heureux de mes années lycées.

Qu’est-ce que la couleur café évoque dans mes oreilles mal réveillées ? Bah ça va, ça passe, mon moral remonte légèrement la pente, je crois voir mon pied battre le rythme. Bon, de là à ce que je me lève et fasse un pas de samba, la main sur le ventre et les yeux fermés kiffant le Brésil, il y a un monde. Je suis toujours affalée sur mon fauteuil club défoncé qui n’est d’ailleurs pas à moi mais à mon beau frère. Il sait maintenant que c’était une erreur de nous le confier en attendant qu’il déménage pour un plus grand chez lui. Mes enfants l’ont dépouillé, plus de cuir, plus de coussins, juste la structure pour s’asseoir. Je l’avais prévenu, tant pis pour lui. Pendant que la chaude voix d’Iggy Pop me susurre les initiales de BB, je me demande vraiment pourquoi aujourd’hui dimanche, je me sens si misérable. 

Ça peut pas être à cause du mauvais temps, je suis habituée. J’aime bien les chœurs. Johnny et Vanessa ? Je ne peux pas, ça me rendrait encore plus triste, ils ont cassé y’a pas longtemps, c’est encore trop frais pour les entendre partager un moment aussi intime qu’un duo. L’histoire de princesse par excellence qui faisait fantasmer toutes les nanas de ma génération. Et quoi ? Vous confirmez la règle Monsieur Depp et Mademoiselle Paradis ? Les histoires d’amour finissent mal ? Non merci, je passe à la suivante. En plus que Johnny n’a pas une voix géniale et ce n’est pas le jour de tailler des costards à mes héros, ça risquerait de me ratatiner encore plus dans mon fauteuil. Lulu Gainsbourg, c’est lui la tête de choux, non ? Ma foi, sa voix est sympatoche. J’aimerais pas être le fils de Gainsbourg, bonjour la pression pour réussir, le fantôme de papa au-dessus de ma tête, l’héritage musical dans mes mains. Heureusement que je suis née de parents prof de gym et maçon. Moi, c’était la truelle dans les mains sur un trampoling. Dans mon cas, j’étais pas obligée de reprendre le business de papa ou la profession de maman. Fallait juste que je sois chirurgien ou avocat. Je m’en suis pas mal sortie je crois avec mon blog hein ! La chanson d'après, c’est du jazz et mes amis, moral ou pas, le jazz ne passera pas par moi, surtout s’il y a du saxophone qui me donne envie de pleurer comme un gros bébé en colère. Un pleure de rage, de « personne qui me comprend », ouin, ouin, j’aime pas le jazzzzzz et je ne supporterai le saxo que dans « Je marche seul » de Jean-Jacques Goldman.

Nous découvrons ensuite une sonate de piano dont les notes et leurs mots me transpercent comme des petites gouttes d’eau. Je n’entends que des océans d’oublis, de réunion pour la vie, le bourdon me guette, courons vite jusqu’au poinçonneur des lilas tsigane. Voilà ! C’est ça qu’il me fallait, de l’entrain, de la danse, du flamenco, du Grappelli,  mes deux jambes bougent en cadence, j’ai envie de me lever et de dire à la terre entière que c’est pas grave d’avoir des jours sans, que les jours avec, c’est les lendemains, que la vie ça va, ça vient, ça fait du bien. Amenez-moi, une plume, de l’encre, une chemise à jabot et un parchemin, que je revêts mon habit de bloggeuse, je sens que ça revient, je vais le faire mon requiem pour un con, ma chronique de génie.

L’un dans l’autre je ne regrette pas l’achat de cet album, je me sens ranimée, la musique m’a remis, peut-être pas tout à fait en mode «joie de vivre » mais au moins les yeux en face des trous ; et je vois ma jolie Rosie tombée pour ce pauvre Edward et ses mains d’argents, qu’elle dessine en même temps qu’elle regarde le film, et rien n’échappe à son coup de crayons pas même son regard triste.


PS : je n’ai pas mentionné la grande Marianne Faithful et ne vous en offusquez point. J’étais partie aux W.C et quand je suis revenue elle était partie. C’est la vie.


Emmanuel Bellegarde aux illustrations cette semaine. Merci Manu c'est HYPER gentil  surtout vue les circonstances.




mardi 26 février 2013

Une journée de merde


Il y a des jours où rien ne va. Manifestement hier était l’un de ceux-là. Ça commence par le petit doigt de pied qu’on cogne au coin du lit, puis l’on marche sur un jouet qui n’a pas été rangé et qui fait pimpompin donc réveille le bébé, qui pleure et réveille sa sœur et tout ça à six heures du mat. Le reste de la journée n’est qu’une succession d’évènements similaires. C’est facile de croire en la schcoumoune. J’ai toujours refusé de m’y abaisser ou de le prononcer sait-on jamais. Je veux rester maître de ma vie le plus possible et laisser l‘arbitraire, le hasard, la fatalité à distance. Mais hier, j’étais guidé par la maladresse, le pas de bol.

Oscar et moi avons voulu passer le samedi ensemble. C’est pas souvent qu’on se retrouve tous les deux, et j’aime bien quand ça se présente. On a commencé la journée par un casting. Oscar a fait le mannequin pour une marque de vêtements d’enfants. J’ai des principes et je n’ai jamais voulu que mes enfants soient dans une agence de mannequins. Pourtant, sans me vanter, je pense qu’ils sont les plus beaux enfants du monde, mais l’idée de courir les castings ne m’a jamais branché et puis je n’aimerais pas qu’ils grandissent en pensant qu’ils sont les plus beaux ; y’a que moi qui le sait, ils doivent se concentrer sur d’autres choses essentielles de la vie comme le partage, le travail, la gentillesse, l’humour pour ne citer qu’eux. Rosie passe assez de temps devant sa glace à chanter ou à se maquiller, comme moi. Pour le maquillage. Elle n’a pas en plus besoin d’un regonflage d’ego, d’ailleurs elle m’a dit un jour qu’elle savait qu’elle était belle que je n’avais pas besoin de lui dire tout le temps. C’est donc réglé. 



Mais Oscar étant plus âgé j’ai fait une exception, j’aime aussi revoir mes principes d’éducation quotidiennement. Il y a un an, il m’a demandé pour faire comme son copain Joe, de s’inscrire dans une agence de mannequin. Après des heures de réflexion, un retour sur mes notes et sur ce que je pensais déjà, des enfants mannequin, une réunion au grand sommet avec moi, Pip, Rosie et George, je me suis dit qu’Oscar était beau et qu’il était temps de mettre en pratique mon concept du partage.  Partageons sa beauté avec le reste du monde sur des affiches 4 par 4. Il était assez grand pour décider et il avait assez confiance en lui. Au bout de trois mois à me tanner pour le faire, j’ai cédé.




Nous avions pris la chose au sérieux, fait des études de comparaison de la meilleure agence. Rencontrer plusieurs personnes, dont des arnaqueurs, pour finalement envoyer des photos à la plus respectable de Londres, parce qu’on aime la qualité et qu’on a un produit de qualité à leur offrir. Heureusement qu’Oscar a la ténacité d’un poisson rouge car une fois l’inscription faite, il ne m’en a jamais reparlé. Et c’était tant mieux puisque l’agence ne m’a jamais rappelé non plus. Chacun chez soi et les moutons sont bien gardés. Aucun de nous ne s’est demandé pourquoi, tout le monde s’en foutait, bien au courant de la superficialité de cet univers. Jusqu'à la semaine dernière, où on lui a proposé son premier casting. Nous étions donc en route pour une journée à deux et l’idée nous enchantait. Sauf que voilà, j’ai commencé cette journée du pied gauche.

Retour en arrière : après le casting, qui s’est, ma foi, très bien passé, Oscar était regonflé à bloc, heureux de lui. On a décidé de se faire un snack sur le pouce et un ciné. Bon public, on était près à voir n’importe quoi, du moment que la séance était à midi.
Seul, Zero dark thirty coïncidait à notre emploi du temps serré. Nous voilà en route pour la chasse à Ben Laden. On fait la queue, on fait des blagues, l‘ambiance est bonne jusqu'à ce que j’entende Oscar dire au guichetier «  j’ai 15 ans ! Oui monsieur » je fouillais dans mon sac, concentrée sur mon porte monnaie et je m’entends dire haut et fort « non, il a 14 ans, Oscar tu as 14 ans ! ».
J’aime que les choses soient claires, j’aime la justice et la vérité. J’étais aussi confuse, toujours fixée sur la finance, je voulais payer le prix ado et non adulte. Je n’ai pas réfléchi vraiment à ce que je disais, j’ai été con c’est tout.  Pour  3 euros de différence, nous nous somme fait refuser l’entrée. Le film est interdit au moins de 15 ans.
Oscar m’a regardé du haut de son mètre quatre vingt, l’air désabusé comme s’il avait envi de changer de maman. Il a soupiré. Oscar est grand, il pourrait dire qu’il a 25 ans qu’on pourrait le croire. Il est grand, beau, comme on le sait déjà, et a une aura, une assurance de jeune homme plus âgé que son âge, il fait mature. Je le revois maintenant, l’assurance avec laquelle il a dit «  j’ai 15 ans » à ce mec, qui lui demandait son âge, comme on demande l’heure. Il aurait pu lui faire avaler des couleuvres, l’hypnotiser, lui demander la caisse si ça lui chantait.
Mais non, rien de ça n’arriva, à cause de ma bêtise. Je n’ai pas compris qu’il essayait de nous sauver la mise puisque je ne savais pas que le film était un moins de quinze ans. Mais non, non, non, moi, la marâtre, toujours à rabrouer mon fils, j’ai toujours le dernier mot. Il a fallu que je l’ouvre ma grande bouche. Et voilà, le jeune homme au comptoir suant de doute, de peur de se faire virer, de ne plus jamais vendre de popcorn de sa vie, nous a refusé la vente de tickets. Malgré mes « mais ! Je suis sa mère !!! Je peux décider quand même » Please ? »

Réunion. Oscar a le droit de m’engueuler, je prendrai sur moi, j’ai fermé les yeux en m’attendant vraiment à une volée de bois vert. Ça serait la seule fois de sa vie, qu’il en profite. Et il ne s’en gêne pas, oh oui allons y de « Mais maman, qu’est-ce que tu fous, il avait rien vu le mec, t’es vraiment…. !!!! ». Il avait le choix :
Débile, sotte, arriérée, à l’ouest, à la rue, pas cool, neuneu…

Mais il n’a jamais fini sa phrase car une larme a coulé sur ma joue, juste une, que j’ai rattrapée avec ma langue, reniflée puis je me suis redressée pour lui dire « viens, on va voir un autre film, on a pas fait toutes ces bornes pour rien ». J’ai lu de l’admiration dans ses yeux. Il a vu mon courage et senti que je me battrai contre une armée pour lui faire plaisir.



C’est comme ça qu’on a choisi d’aller voir Lincoln. Un peu d’Histoire, je me suis dit que ça ne ferait de mal à personne ; et puis Daniel Day Lewis, c’est conseillé quand on a le moral dans les chaussettes.
Cette histoire m’a embêté. Quelle conne j’ai été, où était mon cerveau, qu’est-ce qui m’a pris ? Pourquoi, des fois, je ne réfléchis pas avant de parler? Bref, j’étais dans les toilettes à réfléchir à tout ça, faisant  mon pipi, le papier dans une main, les tickets dans l’autre, je réfléchissais, et je réfléchissais, je me refaisais la scène, invoquant les mauvais esprits et puis dans le feu de l’action je me  suis trompée de main  pour m’essuyer. Bien là, j’avais à mon tour deux options : me faire Harakiri du haut de l’escalator du centre commercial ou rigoler, parce que c’était tellement tropico qu’il valait mieux en rire. Une deuxième larme a coulé mais cette fois d’amusement.




Merci à Cécile Petit pour ses illustrations burlesques et explosives de couleurs. Voici son site pour ceux et celles qui en veulent plus et sont prêts à découvrir ses créations:







mardi 19 février 2013

Marions les!


Jusqu'à hier soir je ne savais pas trop comment argumenter mon oui au  mariage pour tous. C’est facile de dire qu’on est pour. Ou contre d’ailleurs. Je suis pour. Ça me paraît une évidence mais quand j’y réfléchis et j’essaie d’expliquer  pourquoi, à mes enfants, je trouve ça moins évident et j’y vais de « c’est pas juste, on devrait tous avoir les mêmes droits, voilà !»
Et puis, je vous ai vu manifester de ma petite fenêtre londonienne, et je me suis dit que je serai venue si j’avais été à Paris. Mais, toujours pas de mots pour mes enfants.


La semaine dernière, je suis allée au théâtre voir la pièce Judas Kiss (ça m’empêche pas de sortir cette histoire je sais !) de David Hare avec Rupert Everett, entre autre, qui incarne Oscar Wilde à un moment bien précis de sa vie. Il est amoureux d’un jeune  aristocrate qui semble plus amoureux de son art que de sa personne. L’homosexualité est alors un crime. Leur relation n’est plus secrète et la pièce commence sur les instants de tourments juste avant l’arrestation d’Oscar Wilde en Angleterre. Doit-il partir à l’étranger pour échapper à un jugement ou rester fièrement et assumer ses actes. Que va faire son jeune amant, le soutenir, se défiler ? En dehors de son homosexualité et de ses  relations amoureuses, ses thèmes de prédilection sont  abordés: la jeunesse, la mort, l’envie, la peur de vieillir. On se rend vite compte que les sentiments ne sont pas réciproques, du moins, les motivations et les priorités. Et c’est triste. Vraiment triste parce qu’il se laisse arrêter pour épargner son protégé et prendre seul la responsabilité de ses actes. C’est triste aussi d’être enchainé à son corps vieillissant quand la jeunesse vient vous toiser.

Rupert Everett est très touchant et very Oscar Wilde. Pour ceux qui ne connaissent pas Oscar Wilde, on découvre un homme fort dans ses opinions, faible en amour, spirituel et qui use de son humour pour tourner tout à la dérision. Son crime ? Son homosexualité. J’ai lu trois fois Dorian Gray quand j’étais jeune. Oui, à l’approche de la quarantaine, j’ai le droit de dire « quand j’étais jeune ». J’ai toujours été fascinée par cet homme ainsi qu’Oscar Wilde, je trouvais fascinant cette histoire de vanité et la capacité de l’être humain à prendre de terribles décisions afin de rester jeune et de reculer l’heure fatidique, celle de la mort. De laisser aussi cette vanité monopoliser une vie quand tant d’autres bonheurs sont à portée de main. Aujourd’hui, vingt ans après, ça prend tout son sens puisque j’ai parfois de grandes bouffées d’inquiétude quant à la pérennité de ma jeunesse ; et de ma beauté incontestable. Combien d’années me reste-t-il avant que je sois obligée de dire «  ah quoi bon ? J’m’en fous maintenant, au point où j’en suis, qui me kiffe à part mon mari ? » Ça, c’est s’il me kiffe toujours. Et s’il est toujours mon mari. Je vois Dorian dans mon miroir, qui me propose des liposucions, un voyage pour LA afin de refaire mes seins, mon nez, mes jambes et… (quoi ? Ouah, non, pas, ça je n’y touche pas ! Même si c’est très en vogue en Californie). Ah ! Dorian comme je te comprends surtout dans notre société actuelle où les tentations sont multiples et de moins en moins onéreuses.

Mais excusez-moi, je m’égare, j’étais là aujourd’hui pour parler du mariage pour tous. Quand je pense que c’était considéré comme un crime d’être gay. Ça paraît insensé non ? Que jusqu’en 1990, l’homosexualité était classée dans les maladies mentales, que dans certains pays encore  c’est toujours passible de peine de mort. On ne va pas refaire l’historique, mais bon, jusqu'à hier il valait mieux se cacher si on était homosexuel. On se rafraichi la mémoire sur les persécutés de la seconde guerre mondiale ? C’était hier. Aujourd’hui à l’heure de l’Ipad, du singe qu’on va catapulter sur Mars pour explorer la planète, de Rex le premier homme bionique (moitié métallique, moitié organes humains), de la technologie qui ne cesse d’inventer des nouveaux joujoux qu’on a peine à  comprendre, à l’heure où tout va vite et où on doit s’ adapter si on ne veut pas être perdu dans un océan de technologie archi sophistiquée, à l’heure aussi de  Thomas Beatie qui en est à son troisième enfantement, de ces acteurs hollywoodiens qui cachent leurs préférences sexuelles par peur d’être rayés du barreau ; dans cette ère,  des gens s’opposent au mariage des homosexuels, parce que leur petits esprits refusent de voir plus loin, de considérer un changement, d’avoir l’esprit ouvert ? Des gouvernements, des manifestants voudraient les empêcher de se marier, de célébrer l’amour, d’être uni, d’acquérir ce droit, d’avoir le choix.

Qu’on soit pour le mariage ou pas, nous, les hétéros, nous avons le choix. C’est pourquoi, le combat ici, c’est d’avoir les mêmes droits que nous, d’officialiser la légalité de l’homosexualité et de la liberté de choix de vie. Je pense à mes amis,  chers à mon cœur, qui se battent pour ces droits pendant que moi, je suis bien gentiment assise sur ma chaise, mariée à mon Pip. Moi, je l’ai eu ce droit sans me poser la question. J’ai même eu l’audace de me marier religieusement alors que je ne crois pas en dieu. Vous voyez, je fais ce que je veux de mon mariage. On peut aujourd’hui se pacser, vivre en union libre, en concubinage ou même chacun chez soi. Mais quand je me suis mariée, ce que je voulais c’était officialiser ma relation, la consolider, dire à mon homme que je ferai tout ce que je peux pour faire durer notre histoire, le dire haut et fort pour que tout le monde entende bien que j’étais amoureuse et que je prenais cette relation au sérieux. Il y aurait des hauts et des bas, ça pourrait même ne pas marcher. Mais j’ai eu l’envie de le faire. Et j’ai pu. On sait que l’amour, c’est pas forcément pour la vie et que parfois c’est douloureux. Qu’on peut divorcer, se marier plusieurs fois avec des personnes différentes, ou bien avec la même. On a le choix. Et certains font même n’importe quoi ! J’ai bien conscience que cette conception du mariage est la mienne, que chacun se marie pour des raisons différentes, mais c’est un droit, une liberté à laquelle nous ne réfléchissons plus, on peut le faire.

Je ne me suis pas mariée pour les histoires de réductions d’impôts, parce qu’on vivait déjà en Angleterre à l’époque et c’était pas transférable. Je me suis renseignée. C’était pas non plus pour avoir la double nationalité. Ça fait 8 ans que j’essaie d’être anglaise, y’a rien à faire, j’y arrive pas, c’est comme d’enfoncer un clou dans de l’acier. Et l’acier, c’est moi. Ça ne marche pas ! C’était pas non plus, parce que j’étais déjà mère d’un enfant, issu d’une union précédente et illégale, que ça faisait mieux comme dans le temps, d’être socialement uni, représenter une famille, au lieu de vivre dans le péché. Non, c’était la première fois que j’avais envie de me marier. C’était lui. Et croyez-moi, ils se bousculaient au portillon pour être l’élu, mais j’ai dit, non, Pip, c’est toi et rien que toi.
Il sait pas qu’il a eu une sacrée chance ce jour-là !

Je suis pour le mariage pour tous. Je trouve hypocrite de s’en outrer et j’aimerais comprendre la peur qui se cache derrière l’opposition violente de certains mouvements comme les catholiques. Personnellement je pense que la cause serait gagnée si le mariage civil était autorisé mais voyons grand, bousculons les diktats, mettons un coup de pieds dans la fourmilière. On peut être gay et catholique pratiquant non ? Impliquer la religion ne ferait que rallonger le débat et j’en suis déjà à ma troisième page.
Je finirai en disant que refuser ce droit serait une insulte majeure à tous ces Harvey Milk, Oscar Wilde, Armistead Maupin, Pierre Bergé, Yves St Laurent, George Michael,  Ellen DeGeneres, Ian McKellen, ou Jodie Foster plus récemment qui se sont battus et ont résisté aux critiques pour la même cause. Est-ce que tous ces hommes et femmes auraient fait ça pour rien ? Ces célébrités, certes privilégiées par leur statut, ouvrent des portes, aident la cause en la rendant d’une banalité affligeante, comme Cynthia Nixon (la rousse de Sex and the city), Roland Mouret (designer), pour ne citer qu’eux, mariés et heureux. Ça serait triste de se dire que ces gens (et j’en oublie) ont pris des risques, ont affronté le regard des autres, ont été d’une force dont nous, hétéros, n’avons jamais eu besoin de nous munir. Tout ça pour rien ?



Merci Emmanuel Elmerich pour tes illustrations, ravie de notre collaboration.





mardi 12 février 2013

Mon Larousse


Dans mon dictionnaire des synonymes, on peut trouver au mot « peur », la célèbre expression « avoir la colique ».

Et bien, je me permets d’intervenir et de préparer une lettre de contestation destinée aux auteurs de cet ouvrage « couronné par l’Académie française ». C’est pompeux mais ça ne me fait pas peur. J’ai beau perdre mon français et le mélanger avec des mots venants du monde entier, je sais très bien ce qu’est la colique. Elle peut certes, se déclarer dans un moment de terreur, de doute, d’angoisse mais on ne dira jamais dans cette situation « oh… j’ai la colique ! ».

Non, parce que si on me dit ça pendant que, par exemple, on est à Amityville, que le berger allemand hurle à la mort en nous montrant la fenêtre,  d’où je peux voir une tombe au fond du jardin qui, par Toutatis, bouge et, oui, une main d’outre tombe, c’est le cas de le dire, sort et fait des « Hâââââaaaaaaaaaa » et du sang gicle sur les carreaux des fenêtres etc… je vous laisse imaginer le décor. Si là, vous me dites: « j’ai la colique ! » je me verrai obligée de vous répondre trois choses :

·      « Allez au toilettes » réponse simple pour un état de fait simple.
·   « Ah vraiment ? Ça tombe sacrément mal, avez-vous vu Rintintin qui hurle à la lune et essaie de nous dire quelque chose, je crois.»
·      Ou simplement « vous choisissez bien votre moment, vous alors ! »

Mais tout ça, c’est si j’arrive à oublier une seconde les hurlements du chien, les meubles qui volent au dessus de moi dans cette chambre condamnée suite à la mort d’un enfant, que dis-je d’une famille entière, il y a de ça vingt ans, avant que je ne décide d’acheter cette satanée maison à Amityville. Quelle idée j’ai eu encore ! Tout ceci, pendant que je me demanderai, d’où sort ce long rifle, je ne porte pas d’arme, ah ces Américains ! Alors, vos gargouillis intestinaux me voleront au-dessus de la tête, avec les chaises. Je serai moi-même en train de faire dans mon slip, donc ça serait un peu comme un pléonasme.

Et puis, concrètement si j’étais vous - que c’était moi qui avait la colique - je pense que je dirai plutôt « j’ai les  chocottes, j’ai la trouille de ma vie, oh doux jésus, bordel de merde, dans quelle dimension suis-je ? Je croyais qu’Amytiville c’était un film !!! » et là peut-être, de terreur je relâcherai les muscles de mon sphincter et arriverait ce qui arriverait. Mais ça serait pas une colique. Et puis, je le garderai pour moi.

Bref, c’est impossible. On ne met pas « avoir la colique » en synonyme de peur. Peut-être dans le Vidal mais pas dans le Larousse. Franchement ! Ça me fait penser à ma grand-mère qui parlait de sa coulante. Ça ne peut être qu’une erreur de l’imprimeur qui avait des soucis ce jour-là.

Je suis en plein baby boum, le sujet est sensible. Je m’y connais un peu en colique. C’est le fruit d’une colique qui va me réveiller à 4h du mat. C’est le gargouillis d’une colique et les pleurs qui s’ensuivent qui provoquent chez moi une panique, à savoir si le bébé est malade, s’il est contagieux, si les autres enfants de la maison vont l’attraper, s’il souffre d’abord et ensuite combien de jours je vais être bloquée à la maison sans pouvoir rien faire. Je m’y connais, croyez moi. De la couleur, je peux dire si c’est sérieux ou pas, la fréquence aussi, bref on ne me la fait pas. La peur, en revanche, je m’y connais moins, je l’associe au loup, au désobéissant petit chaperon rouge qui me fait flipper à mort avec son panier et son incrédulité. Et indubitablement la peur de la mort et de l’au-delà que j’ai concrétisé sous la forme du film Amytiville*. Mais bon, je rappelle à tout le monde qu’on est ici pour rigoler, par conséquent la thématique sera plus joyeuse si on en revient à la colique. Ceci étant dit, je pense qu’on a fait le tour du sujet,  j’ai beau avoir grandi avec ce genre d’humeur que je maîtrise haut la main, je ne tiens pas à faire deux pages scatologiques.






*

     Film que je n’ai JAMAIS vu. C’est un aveu. L’histoire de ce film est la pire chose qui puisse m’arriver. Mon pire cauchemar. On me l’a racontée quand j’étais encore innocente et depuis, il symbolise mes terreurs nocturnes: les esprits, le diable, les enfants possédés (Damien, pareil), les bergers allemands, les années 70, les gens qui gardent les chambres intactes après la mort d’un être cher et pour finir, les tombes dans les jardins y compris, celles d’oiseaux. Ce film représente aussi toute une période de mon enfance insouciante remplie d’affection, de famille, de rires, de rêves d’enfants, de naïveté, de champs de colza, jusqu'à ce qu’un con ne se sente plus pisser de raconter à une petite fille, l’histoire de cette maison hantée. C’était un peu comme un passage forcé à l’âge adulte. Je passais de l’autre côté, le côté sombre, en un film que je ne verrai jamais. C’était se prendre un bus en pleine poire. Je n’avais jamais imaginé qu’il pouvait y avoir des gens malintentionnés, pas dans mon petit monde. J’ignorai qu’il y avait un autre côté, perverti par des esprits maléfiques et démoniaques. Ni même que George Michael pouvait être gay. (Pas qu’il soit maléfique non plus, hein !) Pourtant, il m’envoyait pleins de signaux, qu’à l’époque je n’étais pas prête à lire. Les grandes chaussettes blanches pour accessoiriser ce sublime short blanc sans parler de son brushing. Tout était là pour semer la confusion. Mais non, moi, je voulais me marier avec lui et je croyais qu’il avait écrit « I want your sex » en pensant à  moi et même que je me suis dit à l’époque « puré, il y va fort Michael !!!».

Ce n’est donc pas une vulgaire colique qui pourrait me faire peur, ni même le brushing de George.



Merci Roxanne Martinez pour tes illustrations sur un thème pas évident.