mardi 12 février 2013

Mon Larousse


Dans mon dictionnaire des synonymes, on peut trouver au mot « peur », la célèbre expression « avoir la colique ».

Et bien, je me permets d’intervenir et de préparer une lettre de contestation destinée aux auteurs de cet ouvrage « couronné par l’Académie française ». C’est pompeux mais ça ne me fait pas peur. J’ai beau perdre mon français et le mélanger avec des mots venants du monde entier, je sais très bien ce qu’est la colique. Elle peut certes, se déclarer dans un moment de terreur, de doute, d’angoisse mais on ne dira jamais dans cette situation « oh… j’ai la colique ! ».

Non, parce que si on me dit ça pendant que, par exemple, on est à Amityville, que le berger allemand hurle à la mort en nous montrant la fenêtre,  d’où je peux voir une tombe au fond du jardin qui, par Toutatis, bouge et, oui, une main d’outre tombe, c’est le cas de le dire, sort et fait des « Hâââââaaaaaaaaaa » et du sang gicle sur les carreaux des fenêtres etc… je vous laisse imaginer le décor. Si là, vous me dites: « j’ai la colique ! » je me verrai obligée de vous répondre trois choses :

·      « Allez au toilettes » réponse simple pour un état de fait simple.
·   « Ah vraiment ? Ça tombe sacrément mal, avez-vous vu Rintintin qui hurle à la lune et essaie de nous dire quelque chose, je crois.»
·      Ou simplement « vous choisissez bien votre moment, vous alors ! »

Mais tout ça, c’est si j’arrive à oublier une seconde les hurlements du chien, les meubles qui volent au dessus de moi dans cette chambre condamnée suite à la mort d’un enfant, que dis-je d’une famille entière, il y a de ça vingt ans, avant que je ne décide d’acheter cette satanée maison à Amityville. Quelle idée j’ai eu encore ! Tout ceci, pendant que je me demanderai, d’où sort ce long rifle, je ne porte pas d’arme, ah ces Américains ! Alors, vos gargouillis intestinaux me voleront au-dessus de la tête, avec les chaises. Je serai moi-même en train de faire dans mon slip, donc ça serait un peu comme un pléonasme.

Et puis, concrètement si j’étais vous - que c’était moi qui avait la colique - je pense que je dirai plutôt « j’ai les  chocottes, j’ai la trouille de ma vie, oh doux jésus, bordel de merde, dans quelle dimension suis-je ? Je croyais qu’Amytiville c’était un film !!! » et là peut-être, de terreur je relâcherai les muscles de mon sphincter et arriverait ce qui arriverait. Mais ça serait pas une colique. Et puis, je le garderai pour moi.

Bref, c’est impossible. On ne met pas « avoir la colique » en synonyme de peur. Peut-être dans le Vidal mais pas dans le Larousse. Franchement ! Ça me fait penser à ma grand-mère qui parlait de sa coulante. Ça ne peut être qu’une erreur de l’imprimeur qui avait des soucis ce jour-là.

Je suis en plein baby boum, le sujet est sensible. Je m’y connais un peu en colique. C’est le fruit d’une colique qui va me réveiller à 4h du mat. C’est le gargouillis d’une colique et les pleurs qui s’ensuivent qui provoquent chez moi une panique, à savoir si le bébé est malade, s’il est contagieux, si les autres enfants de la maison vont l’attraper, s’il souffre d’abord et ensuite combien de jours je vais être bloquée à la maison sans pouvoir rien faire. Je m’y connais, croyez moi. De la couleur, je peux dire si c’est sérieux ou pas, la fréquence aussi, bref on ne me la fait pas. La peur, en revanche, je m’y connais moins, je l’associe au loup, au désobéissant petit chaperon rouge qui me fait flipper à mort avec son panier et son incrédulité. Et indubitablement la peur de la mort et de l’au-delà que j’ai concrétisé sous la forme du film Amytiville*. Mais bon, je rappelle à tout le monde qu’on est ici pour rigoler, par conséquent la thématique sera plus joyeuse si on en revient à la colique. Ceci étant dit, je pense qu’on a fait le tour du sujet,  j’ai beau avoir grandi avec ce genre d’humeur que je maîtrise haut la main, je ne tiens pas à faire deux pages scatologiques.






*

     Film que je n’ai JAMAIS vu. C’est un aveu. L’histoire de ce film est la pire chose qui puisse m’arriver. Mon pire cauchemar. On me l’a racontée quand j’étais encore innocente et depuis, il symbolise mes terreurs nocturnes: les esprits, le diable, les enfants possédés (Damien, pareil), les bergers allemands, les années 70, les gens qui gardent les chambres intactes après la mort d’un être cher et pour finir, les tombes dans les jardins y compris, celles d’oiseaux. Ce film représente aussi toute une période de mon enfance insouciante remplie d’affection, de famille, de rires, de rêves d’enfants, de naïveté, de champs de colza, jusqu'à ce qu’un con ne se sente plus pisser de raconter à une petite fille, l’histoire de cette maison hantée. C’était un peu comme un passage forcé à l’âge adulte. Je passais de l’autre côté, le côté sombre, en un film que je ne verrai jamais. C’était se prendre un bus en pleine poire. Je n’avais jamais imaginé qu’il pouvait y avoir des gens malintentionnés, pas dans mon petit monde. J’ignorai qu’il y avait un autre côté, perverti par des esprits maléfiques et démoniaques. Ni même que George Michael pouvait être gay. (Pas qu’il soit maléfique non plus, hein !) Pourtant, il m’envoyait pleins de signaux, qu’à l’époque je n’étais pas prête à lire. Les grandes chaussettes blanches pour accessoiriser ce sublime short blanc sans parler de son brushing. Tout était là pour semer la confusion. Mais non, moi, je voulais me marier avec lui et je croyais qu’il avait écrit « I want your sex » en pensant à  moi et même que je me suis dit à l’époque « puré, il y va fort Michael !!!».

Ce n’est donc pas une vulgaire colique qui pourrait me faire peur, ni même le brushing de George.



Merci Roxanne Martinez pour tes illustrations sur un thème pas évident.





mardi 5 février 2013

La Californie


Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais Karen, la grande gigue de Californication. C’est la nouvelle série que je regarde. De là, à en rêver, il y a normalement un monde mais pas chez moi. D’autant qu’il fallait un peu coucher avec David Duchovny, alias Hank Moody. Je l’ai fait vraiment pour la continuité de l’histoire, ils sont mariés dans la série. Ça sert à rien de faire sa mijaurée, des fois, il faut aller au turbin. Et puis, dans les rêves, on ne décide pas vraiment du scenario, ni de qui est le héros ou si c’est bien de coucher avec Hank Moody. On subit les choses, on se laisse faire, on couche. Ce que j’ai docilement fait. Mais maintenant bien réveillée, je me dis que c’est pas très réglo de ma part de rêver de cali-fornication, endormie à côté de mon bien-aimé. Pendant qu’il devait encore se battre avec des dragons ou éteindre des feux. Véridique. Mais personnel. Mais j’avais envie de le partager. It’s too cute ! Le mec qui rêve d’être pompier ou prince charmant. Pendant que moi, l’effarouchée, je chevauche la Californie !

Et puis après, oh horreur, j’étais Hank en slip et……
Bon, je ne me rappelle plus de la suite.

Vous savez, l’inconscient est un monde opaque, je ne préfère même pas m’y aventurer pour comprendre ce qu’il s’y passe. Je n’ai pas besoin de connaitre la signification de tous ces rêves surtout les miens. Et, ne vous arrêtez surtout pas au côté superficiel de celui-ci, sylphide californienne mi- femme, mi- fornicatrice. Il y a une autre couche sous les pavés : la Californie ! Je rêve de soleil, la nuit me sert d’exutoire à mon mécontentement météorologique quotidien.

Dring dring !!!!!!!! Boum boum boum !!!!! (on frappe à la porte)

Qui me sort de ma rêverie ? Prise en flagrant délit de coquinerie virtuelle, je reste un moment pétrifiée par la sonnerie puis me ressaisie. Je n’attends personne. Je suis sensée bosser, pas d’enfants, la maison est étrangement silencieuse, je suis en robe de chambre, café chaud près de mon ordi, tout s’annonce bien. Alors, dans ma maison, la boîte aux lettres est une fente dans la porte d’entrée. On peut l’ouvrir à son aise et épier l’intérieur. Juste pour s’assurer qu’il n’y a personne. Le monsieur en question qui s’acharne sur ma sonnerie ouvre ce clapet. Je me cache. Je suis en robe de chambre et surtout pas arrangée. Personne n’a le droit de me voir pas préparer. Même les facteurs ou les coursiers, ou les livreurs. Personne. Mon joli teint célestin du matin est le  résultat de longues heures passées à  chercher l’Astuce maquillage qui me rendra belle comme le jour tous les matins. Et ça marche, oh que oui !  Je suis donc plaquée contre le mur, ma respiration s’accélère, mes mèches rebelles matinales se collent sur mon front - lavage de cheveux aujourd’hui - que dois-je faire ? J’aimerais bien qu’il laisse tomber, y’a personne ici, on dépose le colis ou on laisse un mot, mais on-s’en-va !
Je suis légèrement bloquée, je n’ai aucune issue, je ne veux pas ouvrir mais il a l’air tenace. Ah, super, mes tartines sautent du grille pain. Je croise les doigts pour qu’il n’ait pas les oreilles de chien (rapport aux ultrasons) (je sais qu’il n’a pas de vraies oreilles de chiens) et qu’il ne fasse pas le lien entre tartines et petit déjeuner et Mme Machin à la maison. Hello ? Hello ? Notre livreur a fait le lien.


Purée, il insiste. Il aurait dû être vendeur de catalogues par correspondance, il aurait fait fortune. Ça se trouve, c’est important ? Peut-être que j’ai gagné au Loto et qu’il vient me donner le chèque ? Bah oui, mais non, j’ai pas mis ma touche éclat, je ne peux pas recevoir ainsi. Et puis réflexion faite, c’est impossible j’ai joué qu’une fois au Loto et c’était en 1999. Je sais qu’ils mettent du temps à retrouver les gagnants parfois, mais là, y’a prescription, mon butin a dû passer dans L’Euromillion. 
Ou bien, comme dans les films, c’est un subponea, vous savez, quand les autorités vous envoient un de leurs sbires pour remettre en personne (vous, l’accusé) un document qui prouve que vous êtes  incriminés et dans la merde. Ça se trouve c’est ça ? Je suis dans la merde ? Mais j’ai rien fait ! Attends… je réfléchis……j’ai bien volé un cadre, pour photos, magnifique en plastique au Carrefour de l’Agora dans l’Essonne quand j’avais 15 ans et bon, une poussette restée sous mon caddie par inadvertance au moment de passer en caisse, quelques années plus tard, en 99. Tout c’est passé en 99, l’envie de me faire un Loto et de voler une poussette.
M’auraient-ils retrouvé après tant d’années ? Je l’ai plus la poussette. C’était pour Oscar. J’étais une jeune mère, j’avais les hormones en vrac. Mais j’ai payé ma dette à la société maintenant, foutez moi la paix !

Zut, la minuterie du four retentit. Ouais, en plus des tartines, je me suis fait un pain au choc que j’aime mieux doré au four. Bah oui, j’ai le temps, personne pour m’en empêcher et me voir.
Sauf ce maudit livreur. Le four sonne comme la sirène incendie des pompiers New-Yorkais. Là, aucun doute, le mec, il sait que je le prends pour un con et que je me cache juste derrière la porte. Je fais des grands pas de côté avec mes chaussons lapins en restant collée au mur. Je ferme les yeux, fais une mini prière pour qu’il ne me voit pas (je pris la Déesse Artémis, rapport aux animaux, ça me donne souvent de la force, avant c’était Dionysos mais ça me faisait boire). J’appuie sur le bouton pour éteindre le four. Je regarde mon pain au choc avec une larme, et je me dis qu’en fait c’est ridicule cette histoire, je m’en fous de cet inconnu qui est en train de ruiner mon petit-déj. Alors, toujours à grands pas, mais cette fois droit devant moi, comme le mannequin sur son podium (en chaussons lapins mais avec panache), j’ouvre en grand la porte, l’air un poquito énervée pour découvrir… ciel, mon mari !

Toute cette transpiration sous les bras, pour mon mec ? Je lui demande ce qu’il veut à cette heure là ? Poliment mais je suis juste surprise quoi. A-t-il entendu ce que je racontais sur mes rêves ? A-t-il vu que je mangeais des tartines + un pain au chocolat ? Il me répond qu’il fait froid et qu’il a oublié ses clefs de bureau. (Bah, oui mais non. Je suis pas arrangée !!!)
J’ai l’air un peu suspecte tout d’un coup donc virement à bâbord et sourire de rigueur. Je lui trouve ses clefs et lui souffle de ma main un baiser volant. Bonne journée Darling !


Mariam Pagand refait des siennes. Elle revient parmi nous et elle a bien raison parce que ses illustrations sont hyper jolies. Merci merci merci!!!






mardi 29 janvier 2013

Mais qu'est-ce tu bois doudou dis donc???


Je suis sûre qu’il fait pas beau voir dans la tête de Jean Claude Van Damme. C’est un sport national de se moquer de lui, même s’il se fait rare en ce moment. Pas qu’il nous manque non plus. Il est la synthèse du malaise des expats. Ceux qui mélangent leur langue maternelle (le belge) et la langue anglaise. Pour ma part, il s’est passé des choses dans ma vie qui font que maintenant, je le comprends, je sais ce qu’il voulait dire quand il disait qu’il était « aware ». Il ne se rappelait plus son belge. Je ne prends pas de coke, je ne sais pas faire le grand écart et je ne sais, hélas, pas casser les noisettes avec mes fesses, mais quelque part, on se ressemble lui et moi. Et ça me fait mal de l’écrire.

C’est vrai qu’en décembre dernier, entre toutes les fêtes de boulots - que je n’ai pas, mais je connais des gens qui travaillent - toutes les excuses étaient bonnes pour sortir au pub et fêter Noël : la petite tape dans le dos qui réconforte en fin d’année, le bonus pour les chanceux.
Suis-je encore enivrée par ces nombreux verres de bières ? Parce que c’est Marie dans la brume en ce moment. Je ne comprends rien à ce que m’on me dit et vice versa, mon lexique soutenu me fait cruellement défaut. C’est la pénurie, plus rien dans la cafetière, la famine linguistique.
J’ai cherché à trouver l’origine et le cheminement de ma pensée s’est arrêté à Jean-Claude Van Damme ( ?). Du coup, j’ai imaginé l’intérieur de son cerveau pour voir s’il était comme le mien. Ça doit être comme un petit laboratoire, un centre névralgique d’éditions de  dictionnaires franco-anglais, où y’auraient pleins de petits rats qui pédaleraient à mort pour qu’il y ait un peu de lumière là-dedans. Certaines de ces petites bêtes seraient en train de raffiner de la drogue sous leur blouse et masque blancs au lieu de pédaler comme on leur a demandé à la tour de contrôle (Jean-Claude). Il y aurait un Jean-Claude qui ferait des étirements au sol, le petit rat mais de l’Opéra et un autre qui ferait le grand écart en cuisine, une jambe sur chaque tablard rien que pour nous. Il y aurait une grande cuisine. En fait, il y aurait pleins de Jean-Claude et ça ferait un peu flipper – si on est pas Jean-Claude – parce que ce serait la cacophonie, ils parleraient tous en même temps. Aware. Aware. Aware. Ce serait le bordel, donc y’aurait un autre J-C qui hurlerait pour couvrir tout ceux qui parleraient le franglais et du coup, si on s’accorde à dire que c’est un scenario envisageable, cela expliquerait pourquoi ce qui sort de la bouche de cet homme est incohérent, inepte et dyslexique. C’est la banqueroute des dictionnaires et la réputation bouffone de Jean-Claude servie sur un plateau.

Vous avez raté - et vous ne pouvez pas tout avoir non plus - car vous avez déjà votre Jojo national qui vante les mérites des lunettes Optic 2000 et on vous le laisse,  mais ici en Angleterre, J-C fait une pub pour la bière Coors . Hyper drôle et tellement bien joué. Derrière : les montagnes enneigées. Devant : J-C en jean neige (comme derrière) et mocassins noirs. Choisissez celle qui vous fait le plus marrer, y’en a plusieurs, toutes aussi drôles, ma préf c’est celle de la larme. Jean-Claude qui se parodie, qui s’abandonne dans le rôle de sa vie. C’est pas votre Johnny qui aurait les fouilles de faire ça ! En revanche, nous ne sommes pas en mesure de vous dire s’il a vraiment compris la blague, mais c’est bon.

Bah, voilà où j’en suis. La peur panique de devenir un Jean-Claude, une parodie, la moquerie de mes amis. Je ne parle plus le français aussi bien qu’avant et mon anglais est, et sera toujours, in working process. Je me retrouve dans les limbes, entre deux contrées, deux langues, perdue dans le maquis où, tel un Sherlock Holmes à la jambe cassée, je chercherai en vain des traces, des preuves, qu’un jour, oui un jour, j’ai eu un cerveau et du vocabulaire. Tout a disparu.
Vous savez qu’il y a certains mots que je n’emploie maintenant que très rarement (assurément, s’il vous plait, je vais te montrer de quel bois je me chauffe etc…), non pour faire un effet ou par radinerie mais juste parce qu’ils ont disparu de mon ordinateur interne. Seule la radio ou les magasines, me replongent dans une strate plus évoluée, plus recherchée de la langue française. Celle-ci reste très limitée aux ordres et remontrances que l’on fait aux enfants. Le reste de ma vie est en anglais. L’autre jour, j’ai lu le mot « lisse ». Ça m’a fait presque des picotements. Je ne l’utilise guère plus et ça m’a fait tout drôle de le lire. C’était comme de retrouver un vieil ami de longue date. Oh mon petit lisse !!!

Alors, qui peut me comprendre ?
Jean-Claude.

Au cours de mes recherches, j’ai vu qu’il avait fait un film récemment : JCVDM. Malheureusement pour lui, j’ai vu l’émission Striptease il y a  quelques années et franchement  ça  m’a suffi pour les films sur les Belges. Un vieux monsieur  essayait de mettre en route son ordinateur  Tobisha devant un journaliste impassible. J’en ai presque pleuré tellement, j’avais envie de les aider, lui et sa femme.  Alors un film sur J-C qui parle de son retour en Belgique comme Jean Valjean qui revient de Cayenne? Non, je risquerai de lui faire un don d’argent.

Ah lala.

Jean-Claude et moi parlons le franglais parfaitement. Ça m’emmerde hein, mais soudain je compatis, parce que c’est difficile quand on est fatigué de distinguer les deux langues au moment de parler. Le cerveau  fait des sélections sans vraiment nous consulter. Des fois, il dit qu’il est aware. Bah, moi je sais exactement ce qu’il entend par là, mon mind. Et Jean-Claude aussi. Ce que je fais souvent au téléphone avec mes potes c’est “well…you know” quelle conne! Je ne suis pas sûre qu’ils entendent vraiment (prions ici), ça sonne comme une onomatopée ou une éructation, qu’il m’arrive de temps à autre, comme Jean-Claude si je me souviens bien, de pratiquer. Mais jamais au téléphone, malheureux ! Non, vraiment, c’est pas évident.
Au tout début je faisais vraiment un effort, quitte à parler lentement pour réfléchir à quel mot choisir. Français ? Anglais ? Quel tiroir ouvrir ? Maintenant, paresseuse et surtout moins avide de reconnaissance et de respect de la part des Angliches, ça me passe au-dessus de la pastèque et du coup, voilou, en un (degré de séparation), je peux être l’amie de Van Damme.

C’est un peu mon mea culpa aujourd’hui. C’est inévitable d’en arriver là, de dire aware .Prions à nouveau, fort cette fois, pour que je ne tombe pas dans le ridicule d’ici quelques années à parler français avec un accent anglais ou, pire, que je sois amnésique de ma vie de Française. Le remède à cette frustration est l’écriture. Le blog, c’est ici que je peux m’exprimer librement et, chers lecteurs, c’est une très bonne raison pour ne jamais m’arrêter. Je revis, je sors de mon carcan pour laisser libre cours à mes pensée et mes humeurs et même s’il n’y avait  personne qui lisait ou que J-C, je n’arrêterai pas. C’est le seul moment de mes journées où  je parle correctement.




Un grand merci à Antony Huchette que l'on peut retrouver sur son site et son blog et dont le style me parle particulièrement. Merci Antony, je vois que tu as percé à jour, comme moi, le cerveau de Jean-Claude.
www.antonyhuchette.com 
www.antonyhuchette.tumblr.com
Et son livre qui sortira cet été aussi Brooklyn Quesadillas 




mardi 22 janvier 2013

Londres sous la neige


Il neige aujourd’hui et c’est beau comme le pelage d’un tigre blanc du Bengale. L’ennui, c’est que toutes les écoles de Londres ferment et qu’ils nous renvoient nos gamins plus tôt que d’habitude, qui est en soi toujours trop tôt. Du coup les toits enneigés vu du bureau, c’est de l’histoire ancienne. Je dis juste au passage, à Messieurs, Mesdames du ministère de l’éducation anglaise, que je n’aimerais pas les voir en Sibérie, hein ? Trois flocons de neige et on ferme la boutique ? Vous pouvez pas faire un gros goûter,  des batailles de boules et bonhommes de neige ? Non, c’est bibi qui va s’y coller, la carotte et les bâtons, c’est moi qui vais les chercher dans le froid, avec la goutte au nez et ma conjonctivite.


Le malheur frappe toujours deux fois au 128 (chez moi). En plus d’avoir aujourd’hui mes trois enfants in the house, j’ai les yeux mi clos et des larmes aqueuses qui collent mes paupières. Ce matin en me réveillant, je ne pouvais pas les ouvrir. Comme ça ne m’était jamais arrivé, je pensais rêver que je me noyais dans des fonds marins très profonds. A tâtons, j’ai nagé jusqu'à la salle de bains et  à travers mes cils collés, j’ai découvert un œil au beurre noir et l’autre complètement rouge comme si j’avais fumé des pétards par les yeux ou que j’avais la myxomatose.

C’est même pas la peine de penser à la séance maquillage, coiffage, gommage, ce sera Droopy pour toute la journée. Je vais rester en jogging alors. J’ai pourtant emmené Rosie à l’école, comme ça, avec mes cocards et ma mine défaite. C’était une première. Je fais un vœu. Comme il a neigé, j’ai un peu misé sur l’effet brouillard. Les gens étant pressés, il faisait froid, la neige mélangée au blizzard qui saisit les jambes, personne n’a vraiment eu le temps, de se dire bonjour. Ça m’arrange.  Vive la neige finalement. J’ai une réputation ici, je suis la Française classe alors c’est pas une conjonctivite qui va me foutre en l’air des années de travail. Une seule mère m’a regardé dans les yeux. Mais je la compte pas, car il y a un précédent avec elle. Je l’ai regardé en retour, en pensant « J’avais pas le choix. T’aurais fait quoi, toi, à ma place, Madame Vuitton (à cause de son sac) ? ». J’espère qu’elle a bien compris le message.
Aujourd’hui, c’est noir donc. Sous mes yeux et dans les siens. La seule fois, où il y a eu un rapprochement sociale, c’est quand elle s’occupait du stand pour la fête de la nourriture du monde à la crèche de ma fille, il y a de ça, deux ans. Nous étions six mamans et nous devions faire des plats typiques de notre pays. Je me suis portée volontaire. C’était une erreur. J’avais pensé à des macarons d’abord, ça me faisait envie, puis j’ai pensé à les acheter et finalement j’ai fais autrement : un gâteau au yaourt. Les enfants adorent. Un peu cheftaine sur les bords, cette maman Vuitton nous expliquait tout comme si on était des demeurés. Ou bien, comme on était toutes étrangères, elle croyait qu’il fallait nous parler fort et lentement. J’avais pas voté pour que ce soit elle la commandante, je la trouvais un peu hystérique.


Elle prenait son nouveau job très à cœur, il n’y avait pas de place du tout pour l’humour dans ses briefings. Forcément, si on rigole pas un peu, moi au bout de cinq minutes, désolée mais, je décroche. Je fais ça souvent quand je m’ennuie. C’est pour me protéger des êtres humains, des ondes négatives, de l’ennui. Pour que surtout, ça ne m’atteigne pas. Je pars dans un monde imaginaire où les gens sont gentils et où il y a des bons gâteaux. Mais je souriais toujours, je suis partie sans partir. Seule mon esprit était absent. Je me disais qu’après tout, il fallait juste arranger les tables joliment  avec les plats internationales que tout le monde avaient préparés depuis leur cuisine londonienne, une chaise pour tout le monde, et allez, Bob’s your uncle, comme ils disent ici. Bref, je divaguais un peu, mais mes chaussures étaient trop serrées alors je me suis baissée pour refaire mes lacets. Plus souples cette fois. Oui, c’était mieux, oh ça faisait du bien. Y’avait pas besoin de le signaler, ni de demander la permission à Madame Vuitton. Pourtant en me relevant, j’ai senti un léger malaise. Je ne m’y suis pas attardée non plus, je suis habituée aux malaises sociaux, rapports à la langue et tous ces gens venus des quatre coins du monde, je ne reconnais plus automatiquement les signes. Bref, la journée a continué normalement, j’ai vendu toutes les quiches lorraine que je n’avais pas faites. Assise sur ma chaise en toile avec des miettes sur mon pull (j’aime pas les quiches lorraines, mais j’ai adoré les dumplings et sushis du stand japonais) (je me suis fait une copine : Akiko).

La vie a suivi son cours jusqu'à ce qu’arrive la gazette locale dans ma boite aux lettres, quelques mois après cet évènement culinaire.  Je l’ai parcouru car il y a toujours une photo de quelqu’un que je connais, parfois mes enfants, puisque ça concerne ma communauté. Et puis les cancans locaux. Alors, j’ai vu un article sur cette journée de cuisine internationale. Accompagnée d’une photo (z’ont pris une photo ?) des supères mamans qui ont participé fièrement et ont sué sang et eau pour vendre des quiches afin de récolter des fonds pour la crèche de ma fille. Un, deux, trois…quatre, Madame Vuitton…et c’est tout. Je n’y suis pas. Je ne suis pas sur la photo. Ah bon ?

Ça va, j’ai compris. J’ai bien compris même. Fallait écouter et pas faire ces lacets. Des histoires comme ça, j’en ai des dizaines dans ma vie. Mais de là, à me lancer des éclairs et pas au chocolat, à chaque fois qu’on se croise, il y a un monde Madame Vuitton.


Merci a mon fils adoré, Oscar, pour ses belles aquarelles qu'il a faites hier soir.






mardi 15 janvier 2013

Les janviers difficiles


Janvier bat son plein et je ne sais toujours pas quelles résolutions 2013 choisir. D’habitude je suis assez rapide, minuit, pouf pouf, la bise et la to do liste à l’arrière de mon jean sur un bout de papier plié en quatre. Ça commence toujours par : « je jure sur la tête de ma mère que je ne mangerai plus de camembert avant le dîner » (parce qu’on ne mange pas avant de manger), que je ne boirai qu’un verre de vin par soir et non 5 ou 8 comme en cette fin d’année et cetera ». Mais cette année, je bloque. Je suis bien trop jeune pour avoir réaliser tous mes vœux et toutes mes résolutions. J’irai plutôt voir du côté de  mes deux trois problèmes récurrents et au lieu de procrastiner, il faudrait vraiment que je les résolve avant les 31 décembre. Place au traitement de fond ! Alors, le camembert, est malheureusement obligé d’être en haut de mon top 5. Mais qui c’est que ça emmerde réellement, à part moi, quand j’essaie mon jean taille 38 qui me fait deux rangées de bourrelets - pour bien me retenir si je tombe à la renverse du Titanic, un jour. En règle générale, je suis trop occupée à essayer de me rappeler tout ce que je dois faire pour penser à ma ligne (ne pas oublier de sortir le camembert du frigo pour qu’il soit bien moelleux. Avant le souper). Mais c’est l’autre jour en France, chez mon père, à la téloche, que j’ai vu un mini sketch de Florence Foresti (again), où elle disait que c’était pas sa ligne qu’elle voulait retrouver mais celle de Melissa Theuriau, qui passait  par là  avec sa poussette, en se déhanchant du cheveu à tout va. Et au ralenti. J’ai ri. Désolée. Enfin, pour être exacte, j’ai ri jaune car une toute petite voix au fond de moi a dit « moi aussi ».
Je me suis même retournée pour m’assurer que personne n’avait rien entendu. Pas de danger mon père était encore en train de soliloquer, regardant son vin ou ses figurines napoléoniennes, se plaignant que ça n’intéressait jamais personne dans cette famille d’ignares. Bah non p’pa, je regarde Foresti et c’est bien plus divertissant que le grand Schtroumpf et Napoléon penchés sur baby Jésus, secondés par l’âne et la vache dans ta crèche. Il a perdu les santons.


Quoiqu’il en soit, j’ai eu un flash très prégnant. J’avais Foresti en face de moi avec son corps de petit oiseau qui fait du rameur tous les matins et se plaint d’avoir 400 grammes en trop. Et moi. Moi, qui devient l’ombre de moi-même. Moi qui ai laissé tomber me. Moi et mon verre de rouge, sali par mes  empreintes de doigts à force de me resservir du Château Cantenac 2008, sélection Madame. Entre le pantalon et le t-shirt ? Un bourrelet. Celui de décembre. Le tout affalé sur le canap. C’est pas beau. J’ai un petit frère en Amérique qui s’appelle Homer et qui aime les beignets. Et ces petites voix, celle de la poissonnière et celle qui sent bon le Timotei camomille de Melissa, qui me disent, « toi, ma Marie, si tu veux aussi cette ligne, va falloir me reposer ton vino et commencer presto les pompes et les abdos. Faut penser Jane Fonda maintenant ».

En plus, j’avais d’autres vœux qui me tenaillaient depuis mi décembre et j’avais hâte d’être au 1er janvier pour pouvoir enfin les exaucer. Et entre nous, quand on ne fait pas la liste des bonnes résolutions, on se sent tout vide, avec le mauvais goût d’être toujours dans l’année précédente. Donc, faites en une vite fait à  minuit moins cinq, n’importe quoi, comme heu…. je serai plus gentille avec le chien de ma voisine Paddie, je ne pousserai plus le linge sale du haut des escaliers, je ferai moins de bruit en mangeant , ça c’est pour Rosie, la liste n’est pas exhaustive…heu… je donnerai plus de £1 au monsieur qui vend le Big Issue (journal des sans-abris), car il coûte £3, je ne mangerai plus de chocolat avec des noisettes mais que des noisettes etc… j’en ai plein d’autres, contactez moi pour des idées.

Revenons à nos moutons, j’ai un réel problème. Ce régime, je dois le faire de toute façon, mais suis-je obligée de le faire en janvier ? Ça peut pas attendre février ? Bon, en mars j’ai 40 ans, j’aimerais être au top de ma forme et prouver au monde entier et surtout à Sandrine Fougères, qu’à vingt, trente ou quarante ans, je suis toujours la femme à abattre. J’assure, je suis jeune dans ma tête, sexy dans mon corps, et connectée au monde (comme Kevin Bacon ). Du coup, faudrait peut-être que je commence maintenant, non ? Le truc c’est que j’ai des choses bien plus altruistes que ça, à mettre en œuvre et je ne peux pas tout faire. Moi ou le bonheur des autres ? Selon une étude on est vraiment plus heureux quand on fait  des cadeaux aux autres qu’à soi. Je n’ai pas l’intention de dépenser un centime mais je veux, je sais pas… être plus….gentille ? Aider mon prochain, être plus disponible pour mes enfants et les gens.

Le souhait numéro 2 était de finir mon livre de chevet et c’est fait depuis 2012. Ce qui veut dire que numéro 3 « penser à moi d’abord » est maintenant en position numéro 2 et c’est mieux. C’est comme un signe du destin. Oui, je devrais me garder des moments pour moi plus souvent. Dorénavant, j’assumerai mes journées, je lirai en plein jour, je dormirai même, ou je ferai semblant, je regarderai le plafond juste pour défier la raison et l’ennui et j’apprendrai à dire merde à ce que pensent les autres de moi.

Je sais pas pourquoi je sens que c’est mon année, la consécration.


En d'autres mots, c’est pas simple de prendre de bonnes résolutions, c'est même trop astreignant pour commencer l'année, je vais garder mes petits bourrelets et apprendre à les aimer ; ils sont mignons, ma foi!








Merci à ma chère Elisabeth Hazard, reine des aquarelles.

mardi 8 janvier 2013

Chacun sa route


En septembre, Julie nous a quitté pour se consacrer à son nouveau business : la maroquinerie. Oui, elle voulait faire des sacs à l’effigie d’auteurs américains torturés mais néanmoins géniaux. En fait, j’apprends à l’instant que ce sont des sacs en toile bio.
Si j’étais un peu triste de la fin de notre collaboration, je me suis vite remise. C’est dans ma nature. Pas parce que j’avais trouvé  une liste longue comme mes deux bras et mes deux jambes de gens intéressés pour travailler avec moi, mais parce que comme une maman poule veillerait sur ses petits poussins, j’étais heureuse qu’elle vole de ses propres ailes. Elle partait vers de nouveaux horizons. Elle s’ennuierait c’est sûr, elle serait seule c’est sûr, plus personne pour lui faire des blagues, plus d’émulation, de buzz, de compliments gratuits « ah oui, bien, ton dessin de Rosie, le meilleur que tu aies fait, vraiment qu’est ce que tu dessines bien, je le disais encore l’autre jour à Chantal (la copine de ma mère). T’es très douée, ton crayon s’affine et ton style avec..etc….etc ». Non, fini tout ça, Julie.
Elle entendra les mouches voler à la place ou son mec faire « Rholalala ! ».
Mais elle se réalisait enfin. Et ça, ça n’avait pas de prix.

Entre nous, je me suis aussi rendue compte que de ne plus être sous son influence me permettait enfin de parler de sujets qui me tenaient à cœur comme, pour n’en citer qu’un, les chevaux. Elle n’était pas trop branchée animaux encore moins équidés. Un monde nouveau s’offrait à moi et pleins de possibilités, plus une multitude de rencontres.

On ouvrait un nouveau chapitre dans notre vie que je commençais par une mini dépression. Non, je rigole Julie. C’était pas à ce point là. Je ne savais pas quoi faire en septembre, quand et si je reprenais mon blog que j’avais laissé tomber après la naissance de George. Trois enfants et mes kilos en trop m’empêchaient de faire les choses légèrement. C’était plus lourd qu’un boulet, c’était deux boulets. Un à chaque jambe.
Je faisais partie de la catégorie famille nombreuse maintenant et je le ressentais. Tout prenait des proportions compliquées. Tout était effort. Il nous fallait un mini bus pour nous déplacer. Comme à la cantine, je faisais deux services pour les repas et puis on ferme. Pour le coucher aussi. Restait pas grand chose pour les adultes le soir, juste un bout de canapé pour s’affaler et s’endormir devant Homeland. Quelle vie. J’ai raté toutes les fins de cette série, je ne sais donc pas qui est Carrie ni si Brody est bel et bien un terroriste. Je me demande pourquoi je l’ai regardée tout court. Du coup, il ne restait plus vraiment d’heures de libre pour faire du nordinateur comme dirait Rosie. Il fallait d’abord que je me remette de mes émotions, que je profite de mon bébé et retrouve mon cerveau d’avant George. Une femme enceinte ou qui vient d’accoucher c’est un peu comme Annie Cordy sans ce qu’il y a sous son grand chapeau.
Il y a concrètement des réajustements neurologiques à faire, et moi en particulier, c’était inquiétant. Je me suis toujours cru vive et alerte, plus rapide que les autres à comprendre les choses. Je ne vous en ai jamais parlé car je n’aime pas me vanter mais j’ai un QI de 131. Voilà, c’est dit. On est cinq à le savoir. Et à s’en rappeler. Mais depuis un an maintenant, il a dû baisser un peu ce quotient car il n’y avait plus personne aux commandes de mon bateau, que du vent dans les voiles. Beaucoup de vent. Je n’ai jamais été aussi maladroite qu’en étant enceinte. J’ai eu trois mini accidents de voitures : rétroviseur explosé - volé en éclats que ça pourrait compter pour deux accidents - peinture égratignée sur ma voiture et sur une autre garée dans un parking, écureuil déjà mort aplati, etc… Mais ça reste mineur hein, il n’y a eu personne de renversé, pas de tonneaux non plus, ça va, ne me regardez pas comme ça ! En vingt ans de carrière, je n’ai jamais eu d‘accident, pas la peine de toucher du bois, c’est un don. Tout ça pour dire que ça semblait  impensable de reprendre mon blog dans mon état. Non, c’est vraiment au bout de six mois que j’ai eu envie de relancer le "bousin" (mot suggéré par un ami proche). Julie était déjà à fond sur son nouveau projet, son enthousiasme me donnait envie.

Ceci dit, je m’inquiétais pour elle. Des sacs ? Qu’est-ce qu’elle entendait par des sacs.
Pendant ce temps-là, j’étais seule à mon bureau, cherchant l’inspiration, la trouvant et puis je me disais, ah ! Si Julie était là, je prendrais mon téléphone, lui demanderais de me rappeler, parce qu’elle payait pas, et lui lirais le paragraphe dont j’étais fière. Et elle me répondrait « mais Marie, quel génie, tu es si créative, et pleine d’esprit, vraiment, on devrait faire un livre de tes histoires ! ».

En fait, c’est moi qui entends les mouches voler et mon mari qui dit « God dammit, fuck this place ! »

On s’entraidait vachement vous savez, c’était le soutien, la solidarité, que dis-je, l’AMITIÉ. J’hésitais jamais à lui dire que son art était beau comme du Picasso. Mais, elle m’avait demandé de dire plutôt du Edward Bunker à qui on aurait donné un BIC. Elle anticipait déjà la collection des « Writers ».
C’était pas évident notre association, parce que la Julie, vous voyez, elle aime bien briller. Pour vous donnez un exemple, dans les soirées, elle est plutôt du genre à pousser tout le monde hors de la piste de danse pour nous  faire des freeze à répétition (nom masculin – (mot anglo-américain) : positions statiques de break-dance sur une ou plusieurs parties du corps. Le freeze peut aller de la position élémentaire du baby freeze à celles les plus évoluées, alliant souplesse et inventivité comme les planches hollowback.) 


Tout ça parce qu’un certain Romain a eu l’audace en juin 2003 de faire le poirier pendant 6 minutes 32 et que elle, shame on her,  n’a pas pu le faire. Le lendemain, elle était inscrite à des cours de break dance avec les gamins de la cité. Julie faut pas la chercher. On peut dire qu’elle aime bien la lumière et que lorsque je lui ai proposé d’illustrer mon blog, je savais qu’elle serait au deuxième plan, qu’on allait parler de moi, de moi et encore de moi ; qu’elle serait obligée de me dessiner sous toutes les coutures, avec mes enfants, mon mec etc… et qu’elle pouvait très bien en avoir ras la pastèque d’être le second couteau. Elle pouvait un jour me glisser, ni vu ni connu, l’illustration de son fils Gaspar en train de faire de la capoeira, parce que vraiment je n’en parlais pas beaucoup et que c’est vrai qu’il est très beau son gamin. Son humilité m’a surprise et n’avait d’égale que son sérieux et son dévouement. J’ai dû la tirer du lit la première semaine mais elle était là avant moi tous les lundis du reste de l’année, à fond comme si c’était son avenir qui en dépendait, comme si c’était son blog. C’était son blog d’ailleurs.
Ne pleurez pas Jeannette, c’était juste pour dire tout le mal que je pensais d’elle. Je suis très heureuse de voir que non seulement aujourd’hui elle fait une carrière solo mais qu’en plus, le succès est au rendez-vous.

Cette nouvelle situation, m’a fait découvrir des talents merveilleux parmi mes amis. Et les amis de mes amis. Mais j’avais toujours besoin d’un retour de Julie qui connaissait si bien Marie me et moi. Marie et moi. On est deux. Moi et je. Qui allait me dire « ah ! Tu sais que j’aime pas les pléonasmes, hein ! » Alors, j’ai pris mon téléphone et j’ai dit « Julie pas la peine de me rappeler, je paierai cette fois, peux-tu laisser ta machine à coudre et tes lunettes pour voir de près et me relire. J’ai besoin de ton avis, de ta grammaire et puis dis moi si c’est drôle ou pas. J’aime pas quand c’est pas drôle ». C’est vrai que l’esprit initial du blog a un peu disparu au grand dam de certains. Mais je suis toujours là, moi.

En fait, j’ai compris que Julie dessinait sur des sacs en toile et qu’elle ne les faisait pas elle-même. Pfff, la pauvre, je l’imaginais dans son petit atelier, toute courbée, avec des lunettes, en cousant à la main, elle n’aurait pas assez d’argent pour une machine à coudre, ou finir son quatrième sac pour décembre. Elle avait du temps alors pour me relire. Si aujourd’hui je parle d’elle, c’est avec  beaucoup de fierté. Elle vient de lancer une ligne de sac so classe et so réussie. Je vous joins ce lien, vous pourrez y trouver ses œuvres si ça vous dit d’être hype en 2013.

Bon chance Julie ! Bon année.
















Julie Marthe Yvonne sur Facebook





Et puis un gros poutou au grand, au génial, au merveilleux ami de qualité,  Cédric Hazard pour ses illustrations so funny



mardi 25 décembre 2012

Hey! Joyeux Noel!


Qu’est ce qu’on attend pour être heureux ?

Alors, alors, il est où ce maudit bonheur ? C’est quoi le bonheur ? Tout d’abord c’est très subjectif, hein ? Il va être différent pour vous et pour moi, on est d’accord. Moi, le pot-au-feu de Tatie Biloute, ça ne me rappelle pas mes vacances d’été dans la Creuse. Je ne connais pas cousine Sophie qui lançait les hamsters de la voisine, sur le matelas de la grange. Ah ! Qu’est-ce que c’était bien ! Non. Ce sont vos souvenirs, vos bonheurs, pas les miens.
Ensuite, le bonheur se quantifie, certains seront contents avec des riens, d’autres auront des plus grands besoins. Il y a les éternels insatisfaits et puis ceux qui aiment la vie depuis leur naissance et prennent le risque d’énerver ceux de la catégorie jamais contents.

C’est Noël, une période généralement heureuse, alors je vais me lancer sur le sujet. Une chose que je sais, on range pas le bonheur dans la boite à solitude, avec la crème communiquer mieux de chez Thérapie, avec les mots médiocre, looser ou dans la trousse rides et peau qui tombe. Si vous faites ça, c’est que vous déprimez mes cocos. Non, le bonheur c’est chouette !

C’est quoi alors ? Ça ne serait pas quand on se contente des choses qui sont devant nous comme, je prends pour exemple, nos enfants par hasard ? C’est vrai que si on arrête deux minutes de se faire du mouron, et qu’on prend le temps de réfléchir : ils vont bien. Alors, on va bien ? Ça devrait être source de bonheur. Quand ils sont au commissariat pour vol de mobylette ou collés tous les vendredis après-midi du reste de l’année pour avoir jeté des bombes à crotte sur la voiture du proviseur, qu’ils coupent les cheveux de leurs copines qui viennent jouer à la maison, ça c’est les emmerdes. C’était, dans le désordre, ce que font certains de mes enfants ou mes craintes qu’ils le fassent un jour.

Donc, une fois qu’on a mis les marmots et les animaux domestiques de côté, pour ceux qui en ont,  je pense que le bonheur vient de soi. Je ne rigole pas, si vous attendez qu’il vienne frapper à votre porte, vous allez, hélas mes petites princesses incrédules,  attendre toute votre vie. Nous ne sommes pas chez Mickey. Il faut avoir du bonheur en soi et surtout le partager. Inné ou acquis, c’est pas mon problème, trouvez-le ! Si ça paraît naturel chez les gens qui sourient tout le temps, et j’en connais, ça peut aussi s’apprendre pour ceux qui ont du mal. On peut s’entrainer à sourire devant un miroir pour commencer, en réfléchissant à si on préfère l’enfer au paradis. C’est juste un exemple. Il y aussi le froid et le chaud ou  la saucisse de Frankfurt et de Toulouse mais c’est pour dire que c’est vraiment de la réflexion, un choix de vie et… parfois un apparat. On revêt un sourire. On dégage de la bonne humeur, on sue du bonheur. En se convaincant qu’on est heureux, on le devient. Donc, oubliez ceux qui ont l’air heureux tout le temps, on ne sait pas ce qu’il y a sous la façade. Pensez au vôtre. Et puis aussi, à si vous avez envie de l’être. Allez-vous bien ? Pas aujourd’hui, mais depuis le début de votre création. Vous ne savez pas, vous vous tâtez?
Allez, j’ai moi-même, quelques petites recettes de bonheur que je pourrai partager. Je vous sens chagrin.
D’abord, pourquoi ne faites-vous pas mentalement une liste des petites choses qui vous rendent heureux dans une journée et concentrez-vous dessus.
Tenez, que dites-vous de l’odeur du café que vous sentez depuis votre lit, parce que, pour une fois, ce n’est pas vous qui l’avez fait. C’est bien, ça ? Un rayon de soleil qui transperce les rideaux, qui prouve qu’un jour par an, à Londres, il fait beau rien que pour vous. Embrassez le soleil ! Quand au moment de vous habillez, vous vous rendez compte que votre culotte porte bonheur est pliée et rangée dans son tiroir, vous la porterez aujourd’hui, le 5 du mois, votre chiffre porte bonheur, jubilez, sautez de joie, car peut-être l’avalanche de bonnes surprises est tout près de chez vous (derrière la porte ?)!
Oh qu’est ce que ça va être après ? Petit-déj au lit ? Massage des pieds pendant que vous dormez (glauque). Chauffeur qui vous attend en bas pour vous balader toute la journée, de shopping en musées, en verres de Prosecco, accompagnée de votre chanteur de rock préféré (ou de votre mari pour celles qui ne s’autorisent pas à rêver un peu). Et puis quoi encore ? ? On a dit des petits bonheurs !

Je passe les chants d’oiseaux, car on est pas obligé d’aimer ou d’y être sensible. Personnellement, j’aime bien mais pas au point de le mettre sur ma liste.
Bon après, il y a les rencontres faites au cours de la journée, les coups de fils fortuits, les bonnes conversations, l’échange quoi ! Selon moi, c’est primordial : la communication et la chaleur des autres peuvent engendrer des sensations de bien–être et parfois, des bonnes parties de rigolades, si tout le monde est bien luné. Et quoi de mieux que de rire, de rire, de rire et de mourir de rire ! Ne cherchez plus, c’est ça le bonheur : la pouffade, la rigolade, le rare fou-rire, la barre de rire aussi, etc… Bah oui. C’est simple comme bonjour ?
Malheureusement non, ça ne vient pas tout seul. On peut s’aider en  regardant des vidéos de spectacles comiques, mais faut assumer les conséquences, les moqueries. Quand Gad Elmaleh fait sa tournée Londonienne, on peut y aller parce qu’on a besoin de rire mais on est pas obligé de le dire aux autres. Florence Foresti pareil. Si vous vivez en milieu austère ou que les gens autour de vous n’ont pas votre humour – ça arrive – là, il faudrait changer de direction et chercher le bonheur ailleurs. Et ne vous obstinez pas, vraiment, sinon on dira de vous « ah, Machine, elle rigole quand elle se brûle ! ». Il faut donc soit être né drôle, soit copier ceux qui le sont (ça marche pas toujours) soit sourire tout le temps (comme ceux de la catégorie toujours contents).
Bon, le quotidien ne vous branche pas plus que ça, allons vivre un peu dans le futur, nous projeter dans une autre vie. Je crois que c’est vivement déconseillé par les psychologues, mais on s’en fout, nous ne sommes pas de la profession et on nous a dit d’aller chercher le bonheur ailleurs.
Dans ces cas là, je pense que le domaine du rêve, de l’attente peut procurer un sentiment d’excitation, d’euphorie.  Le bonheur du futur.  Quand je serai grande, j’aurai un poney club ! Je me sens bien de le dire, j’y crois, je m’y vois avec mes bottes en cuir et ma cravache rose. C’est bon.
Pas demain, mais dans six mois, tu sais que tu partiras au Mexique. Tu es déjà sur les plages de Tulum avec ton chapeau mexicain. Le rude hiver te déprime, mais tu diras bonjour au bonheur de ma part quand tu seras dans l’avion. Ou pour ceux qui aiment Noël, comme moi, bah, dans quelques jours, c’est Noël. C’est pas maintenant mais y’a un projet de bonheur, une envie qui réside. On sera en famille, on va bien manger et bien boire (l’alcool peut être source de bonheur) et puis, of course, les cadeaux. Moi, j’aime faire des cadeaux et en recevoir, cela va sans dire. J’adore ça même. J’en ai souvent et ça me rend direct au rayon bonheur instantané à côté du café.
Un dessin de Rosie, des gants de cuisine qu’Oscar me ramène du Japon (alors que j’avais suggéré du thé au jasmin) parce que s’il pense à moi, c’est en train de cuisiner, j’adore. Un porte-clef avec Buckingham Palace, j’suis ravie.

Bon, enfants, rigolade, rêves, cadeaux, c’est fait. Je crois qu’on a fait le tour, là.
Ah, il y a l’amour aussi mais bon, faut être deux, et j’aimais bien mon postulat de départ qui disait que le bonheur c’est avant tout, soi. Faut s’aimer.
J’ai oublié la musique. La musique fait du bien. Dans les gros coups de mou, je préconise la danse aussi. Musique à  fond, dansez, ça fait un bien monstre.  Vous perdrez peut-être 500g au passage en sueur, ce qui n’est pas négligeable (et ça veut dire que vous pourrez manger deux tartines de Peanut butter au goûter). Vous libèrerez des endorphines et vous serez heureuse comme une gamine de dix ans. Plus d’inhibition, pas de police du dancefloor, on sue et on oublie tout, on rie, on communique avec les autres (si vous êtes à une fête. Pas seule à la maison) (ou alors devant un miroir, ça fait comme si vous étiez deux), donc, on revient à l’échange, à la chaleur, au rire, évoqués plus haut. Non, vraiment danser c’est  un vrai bain de jouvence en 4 minutes 32 de Papa don’t preach (Madonna). Et c’est gratos.
Donc, conclusion le bonheur est dans la musique ? Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ?


Merci a ma supere Elodie Coudray pour ses dessins de Noel!!!