mardi 18 décembre 2012

J'veux du bonheur


On m’a demandé de participer à un petit projet sur le bonheur. Pfff, la tuile. C’est vaste comme sujet et en plus, je préférerai franchement écrire sur la fatigue. Ça me parle en ce moment, enfin, ça me tient au corps comme un thermolactyl trop petit que j’arriverais pas à ôter. Pour le coup, c’est un peu l’antithèse du bonheur.

Je SUIS fatiguée. 

C’est le syndrome George. Avoir un bébé dans sa vie, qui plus est un troisième, ça fatigue. La journée, je n’ai pas le droit à l’erreur. Je suis obligée d’être au garde à vous et tant pis si je ressemble à Droopy après mes trois couches de BB crème. Pas de micro sieste, pas le temps de regarder par la fenêtre en s’imaginant ailleurs, pas le droit de s’endormir en nourrissant George ou en marchant dans la rue avec la poussette. Pas le droit de lâcher, par inadvertance of course, cette poussette parce qu’on parle avec sa voisine et qu’on a trois sacs à main dans les bras. Le mien, celui du bébé et celui de la poussette. Non, ça craint.
La voisine est vieille et aveugle d’un œil, j’ai pu faire diversion aisément et prétendre m’être fouler la cheville tout en lui parlant, alors qu’en fait j’avais bien lâcher la chariote et le bébé sur la route.
Il fallait que j’invente une excuse ; son unique œil avait été témoin de la panique sur mon visage. J’avais pas vraiment envie qu’elle raconte je ne sais quoi à mon sujet, aux autres voisins tous détenteurs de la carte vermeille. Sont tous vieux mes voisins, mais faut s’en méfier quand même. Fatiguée mais vive d’esprit !

Ça nous éloigne légèrement du bonheur ce manque de sommeil. Que faire ? Encore six mois, peut-être un an. C’est long. Ou alors je prépare un plan d’attaque pour récupérer ce sommeil et me débarrasser de mes yeux de panda.
Rosie d’abord. Si elle arrête de se mettre le doigt dans le nez, elle ne débarquera plus en pleine nuit, la bouille en sang comme Princesse Mononoké. Je ne serai plus réveillée en sursaut, tout en ayant la présence d’esprit de ne pas réveiller le bébé. Il me faut donc du scotch et des petits clous pour lui mettre au bout des deux index. Hop ! C’est réglé. Le bébé ? Hum, délicat, il est malin et imprévisible. Il peut surprendre à faire une nuit complète, sans prévenir. Le jour où c’est arrivé, j’étais pas prête mentalement, je me suis réveillée à l’heure habituelle : quatre heures. Rien, pas un bruit. Mais impossible de me rendormir. Il faudrait remplir le dernier biberon du soir de cailloux. Je suis prête à tout, je paye même, s’il faut. Je DOIS dormir.


Je peux aussi l’empêcher de dormir toute la journée pour être sûre qu’il fasse ses nuits. Vous connaissez la goutte chinoise ? Allongé, bras et pieds liés (pas obligé pour un enfant), une seule goutte d’eau entre les (deux) yeux pour empêcher la personne (ici l’enfant) de dormir. Si tout se passe bien, au bout de quelques heures, le sujet est  extrêmement fatigué. Après une séance chinoise, on dort 24 heures. De la torture ? Oui, peut-être. La fatigue, ça vous donne de drôles d’idées. Bon, c’est pas grave, j’en ai d’autres dans mon chapeau. Le grand ? Il dort et quand bien même il ne dormirait pas, il est tout en haut, je ne l’entends pas. Le mari ? Il est dans mon camp mais il peut ronfler des fois, et ça, à quatre heures du mat, quand on fait mentalement sa liste de courses du lendemain et qu’on est conscient que c’est affligeant, qu’on ferait mieux de dormir… ça énerve. Ça donne envie de faire du Taekwondo. Schlah ! Dans le cou. Il ronflera plus. Je rigole. Je l’aime, quand même ! Il paraît que siffler peut marcher mais je le déconseille si on veut s’endormir. La violence n’est pas la solution, d’accord, mais je ne dors toujours pas.
Le hamster ? Je lui ai démonté sa roulette. La gym, c’est le matin, Buster (c’est son petit nom de hamster), pas la nuit. Sa mezzanine, où Monsieur se croit sur la promenade des Anglais pour admirer la lune et nous toise de ses moustaches rousses. Y’en a plus. C’est du plat, on dort dans sa caisse le hamster !!!!

Donc, le bonheur, je préférerai en parler la semaine prochaine, j’aurai une vision plus adoucie car j’ai la ferme intention de me rattraper et de penser positif et bonheur. Je me sens comme dans le film Insomnie. Tout est sombre, bas de plafond, il fait nuit à 3.30pm, juste avant le goûter. Oui, en Angleterre, il fait nuit assez tôt en hiver. Je pense à Rio. Hier, il pleuvait. Ça paraît futile comme information. Mais non, il pleuvait, il était 2h00 pm et il faisait gris foncé presque noir. Comme la nuit. Je pensais aux Antilles. Ça a envoyé des signaux à mon corps qui s’est dit qu’il était bientôt l’heure d’aller se coucher, et ma fatigue s’est intensifiée. C’était au feu les pompiers dans ma tête. A peine le temps d’une cup of coffee et de se remettre de sa courte nuit, paf, il refait nuit.
J’attends avec impatience qu’il soit 20h30, heure d’aller au lit pour tout le monde, même maman. Et c’est pas 20h31, c’est trente. Tout est chronométré au risque de paraitre un peu caporal sur les bords. Je m’en fiche, je suis foutue, ma cote de popularité à la maison a chuté de 90%. Ma fille me dessine en ce moment, avec les sourcils froncés, une  bouche comme Le Requin, le méchant dans James Bond. Un milliard de dents carnassières. Je fais toujours un « ouh » de surprise, quand elle me montre mes portraits. Je dis « mais c’est qui ça ? » « Bah, c’est toi maman ! »

                                  


Ceci n’est pas le bonheur. Dire qu’avant, elle me dessinait avec des belles robes flamencos, des talons hauts, toujours du rouge sur la bouche et sur les ongles,  parfois les seins qui sortaient du décolleté, mais c’était un genre. J’étais belle. Heureusement, un petit sourire de mon George ou un bisou bien claqué d’un des deux autres, une rivière de diamants de mon mari, et je me rapproche doucement de ce concept que sont le bonheur, la satiété, le contentement. Le bonheur, ça peut être simple comme une bonne nuit dans son lit douillet. 
Avec une rivière de diamant.
Y’en a bien qui dorment avec du Chanel N°5 !


Merci à Miss Rivers pour les illustrations de cette semaine. Et of course à Rosie.




mardi 11 décembre 2012

Le mardi lecture et littérature

« Ma saleté de tignasse refuse de coopérer…me voilà en train d’essayer de soumettre ma crinière à coups de brosse. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Tout en me répétant cette litanie, je tente une nouvelle fois de mater la rébellion capillaire. Excédée, je lève les yeux au ciel… »

STOP !!! N’en jetez plus.
E. L James (si c’est son vrai nom), vous avez gagné, je n’ai pas commencé votre livre que je suis déjà excédée et je songe à virer plutôt Barbara Cartland.
C’est salon du livre cette semaine sur mon blog.
Si mes parents m’ont donné le goût de la lecture dès mon plus jeune âge (Martine, comme vous le savez, Fantômette, La famille des Barbapapa), ils ne m’ont jamais rien dit sur  la fin de cette douce période littéraire. Celle où, quand on devient parent, on ne lit plus. C’est sûrement par nostalgie que mes parents me poussaient à lire. Adieu donc, les gros pavés et bonjour Mickey, bonjour Voici, les lectures compatibles avec ma vie de mère de famille et au foyer. Par contre, j’ai gagné en savoir faire : je sais, à présent, faire trois choses en même temps : manger debout dans la cuisine, porter un enfant, ou un gros sac de linge sale et regarder les images de mes magasines. J’ai perdu un peu en culture générale dans cette histoire, n’ayant plus le temps de lire mon journal du samedi matin, mais ça ne manque à personne. Une ligne et un enfant qui m’interrompt. A la cinquième fois, je sais plus où j’en suis, si je lis du Voici ou un article sur les écoutes illégales de News of the world. Qui couche avec qui et qui écoute qui ? Alors, de frustration, je jette le journal! La question demeure, est-ce si grave de ne plus être au fait de l’actualité quand on passe ses journées avec ses enfants et que lorsqu’arrive l’heure des grands, on part se coucher ?? Six mois que je suis sur La chute des Géants de Ken Follet. Je lis trois pages religieusement tous les soirs. Mes paupières sont, en général, très lourdes à la deuxième page. Je dois lutter héroïquement car mon voisin se moque de moi et me demande souvent si j’ai déjà lu la Bible - pratique de l’humour à répétition sur les gens faibles. Mes moments lectures ressemblent à des séances d’hypnoses. Je rentre dans une phase de semi inconscience où je ne sais plus si je suis dans les tranchées aux côtés de Billy, le fusil en joue, ou si je suis juste à plat ventre en position dodo.

C’est à cause des enfants. J’en ai trois. Et bien flûte (ou merde comme on veut) à eux, je continuerai d’acheter des livres. C’est à cause du mari aussi, non ? Faudrait être sur une île déserte deux heures par jour. Héliportée parce qu’on a pas trop de temps. Personne ne pourrait  venir avec moi. Personne.
Faut-il que j’attende la retraite pour recommencer à lire ou quoi ? (Je sais,… quelle retraite ?). Quand mes enfants seront grands et indépendants. Mais mon petit doigt me dit que ça ne s’arrête jamais d’être parents.

Abandonnée à mon triste sort, j’ai dû changer un peu mes lectures. Mon cerveau ne prenait plus en compte les histoires ou les mots compliqués. S’il y avait plus de deux personnages principaux et que je ne prêtais pas vraiment attention à leur nom, c’était fini pour moi. Genre, John Carmichael et Jonas Mitchell. Bon, là, ça va. Mais si, entre en scène Toby Hutchinson, je suis foutue. D’abord, on était très bien avec John et Jonas et puis qui est Toby ? Je croyais que c’était le frère de John. Attends, je reprends la première page. Ah, non, Toby c’est juste le coursier qui vient livrer une enveloppe (c’est suspect). Il disparaît à la page 5 car la livraison, certes un peu longuette, est terminée. Emballé, c’est pesé, on passe à la page 6 et je suis toujours avec mon livreur à me demander si je ne ferais pas mieux de l’oublier, ou si je dois suivre mon instinct, à savoir : est-il vraiment coursier? Vous voyez mon problème ? Je perds un temps fou, c’est pourquoi, j’aime bien quand il y a une femme, au moins visuellement, j’arrive à faire la différence. Il me faudrait un homme, une femme et un animal, là, je serai bonne. King Kong (c’est fait, toutes les versions), Babe (avec ta mère Cédric), Howard Duck (y’a longtemps) etc... C’est pathétique, je sais. En plus, vous n’êtes pas sans savoir que je mélange l’anglais et le français et qu’en fin de journée, je ne sais plus où j’habite, tellement tout s’emmêle dans ma tête.

La vie et mes enfants me refusent le droit à la détente, au calme et à la volupté, (à la luxure aussi, heu, non pardon, à la gloire et l’amour de l’argent. Bref, à tous les péchés capitaux) je lirai des polars en été et des sagas en hiver. Pas de biographies, j’ai un standing. Et ça, c’est quand les gens ne décornent pas mes pages.

Donc, qu’est-ce que j’ai choisi de lire prochainement, je vous le donne en mille ? Fifty Shades of grey de E.L James (Eldorado ?). Enfin, j’ai choisi, j’ai choisi… mes enfants ont choisi, puisqu’ils m’empêchent de lire des livres qui défient mon intelligence. C’est donc à cause d’eux que je me tourne vers l’érotisme de salle d’attente. Ils ont des goûts un poil vulgaire ces enfants tout de même !  Je n’ai pas voulu le lire en anglais, malgré mon bilinguisme aigu, car je dis toujours que la lecture doit m’aller droit au cœur, pas à la tête. Oui, je dis des choses comme ça. Il s’agit aussi de vivre l’histoire, la ressentir. Et j’avoue que dans ce cas précis, j’aurai dû faire une exception à la règle et le lire en anglais. Le premier paragraphe de la toute première page n’augure rien de bon. Que faire ? Lire coûte que  coûte ce porno à mamans, histoire de pimenter ma vie monotone de mère de famille au risque de lire une histoire ridicule et d’en avoir honte et de ne jamais vous le dire, à vous, mes copines ? Ai-je du temps pour le ridicule ? Pour l’érotisme, toujours, mais le ridicule, je ne sais pas. Que de questions et si peu de temps.

Je pense persévérance. Je vais d’abord finir les 500 pages de Ken Follet ensuite E.L James parce qu’il est sur la table de nuit maintenant (à m’envoyer des signaux érotiques) et puis pour les histoires plus complexes, je vais attendre ma soixantaine, ma maison de retraite à Miami, mon bandeau visière et ma peau tannée par le soleil. Je lirai du Jackie Collins (sœur de Joan (héroïne de Dynastie)) avec mes copines américaines.


Illustrations d'Hélène Badault du blog aufildelene.com . Merci beaucoup Hélène, je suis flattée d'avoir tes dessins sur mon blog.



mardi 4 décembre 2012

I can get no satisfaction


-  Elodie, est-ce que tu veux te marier avec moi ?
-       Hum…
-       Non, mais dis moi, parce que je veux me marier avec toi, et si tu veux pas, je demanderai à quelqu’un d’autre, mais j’ai          hyper envie de me marier avec toi, tu vois.
 Bon d’accord mais…
- Attends ! (son téléphone imaginaire sonne) Allo ? allo ? c’est qui? hanhan, hum, oui, oui (quelqu’un lui parle) ah oui Cathy,       non, Elodie est occupée, elle peut pas te parler, rappelle demain.
-   Bon Elodie, alors, tu veux te marier où, dans un château, un jardin ?
-       -Oui, un jardin celui de Grandma et Grandad ?
-       Et bah voilà, on se mariera dans leur jardin. Maman, est-ce que tu peux me couper les cheveux pour que je sois le Daddy ?

C’était mon diner d’hier soir avec des invitées très spéciales. Elodie cinq ans et Rosie, ma fille, 5 ans aussi. Je pensais attendre ses douze ans, mais en fait, elle est prête pour Pretty Woman. Elle a présenté l’écrin avec, pas une, mais deux bagues, qu’Elodie pouvait choisir. C’était merveilleux.  Elles sont cousines et si j’ai le malheur de dire que ça ne va pas être possible, pour le mariage, (ce n’est pas la première fois qu’elles en parlent), Rosie me rétorque que la maman de Bella a dit que les filles pouvaient se marier entre elles. Elle en sait des choses la mère de Bella ! J’ai balbutié une réponse en attendant de trouver quelque chose de bien senti et percutant, genre que le mariage entre cousins c’était illégal, quand Cathy, mère d’Elodie, entra dans la cuisine pour me dire qu’en Angleterre c’est tout à fait légal. Et bah voilà, merci Catoche. C’est tout tracé, elles se marieront donc, avec ou sans, ma bénédiction.

Ça fait réfléchir malgré tout, cette conversation. J’étais ébahie. C’est pas Jacques Martin qui disait que les enfants étaient formidables ? Et bien, il avait raison. On ne tortille pas du cul quand on a cinq ans et des poussières. Pas de langue de bois, on y va direct et on dit ce qu’on pense. Go, go, go ! 
J’aime bien.

Dans un monde idéal, ça serait bien si nous aussi adultes, on se parlait avec cette franchise, cette clarté. Tu veux ou tu veux pas ? Point à la ligne.

Par exemple, ici sur la planète Londres, je trouve que les Anglais pratiquent la langue de bois un peu trop souvent à mon goût, enfin, ils l’appellent la langue diplomatique. (Sergei et Dimitri, il faut empêcher Pip de lire le Marie me de cette semaine. Une embuscade avec béquille dans la cuisse  gauche et frites sur celle de droite dans la ruelle derrière ses bureaux, c’est faisable ?). Quand je suis en colère et que j’ai envie de blesser mon adversaire sous la ceinture, je lui balance que c’est la langue des hypocrites. Bang ! Dans les dents. J’entame une joute verbale qui ne finira que lorsque j’aurai mis mon opposant en touche avec une autre vérité, mais que je garde pour les grandes occasions : l’Anglais est un lâche !
Oh my god, là, en général, on en vient aux mains et aux cols de chemise.

Si j’avais entendu les deux cousines plus tôt, ça m’aurait  sûrement inspiré avant mes déboires sentimentaux.


Parce que, ça décoince des situations délicates d’être direct, on peut éviter des séparations et la casse de vaisselle. Les verres surtout. Chez Ikea, ils sont pas trop chers. Mais quand même.

Demander à son bien aimé, si oui ou non bordel, il veut un enfant par exemple, je dis non. Il faut se servir de ce langage avec parcimonie, sinon après on passe un peu pour la poissonnière du coin ou la Florence Foresti de service. Par contre, je dis qu’on ne met jamais assez de franchise dans les petites choses du quotidien. Par exemple, je n’aime pas me disputer pour des broutilles, c’est donc dans ces cas-là, exactement, que les choses doivent être claires. Si mon mari passe trois heures à faire une soupe Thaï et que servie dans mon bol puis dans ma glotte, je la trouve biennnn trop épicée, je ne sais pas lui mentir. Les gouttes sur mon front pourraient de toute manière le mettre sur la piste, mais j’ai ceci dit, le choix de dire « délicieux, hum, j’en reprendrai bien un bol entier, plus un autre dans mon Tupperware de demain midi pour le bureau (si je travaillais dans un bureau),  tellement c’est bon. Oh, les gouttes, là ? C’est rien, je crois que je viens de me choper la grippe espagnole mais ta soupe, mamour, est délicieuse » ou bien « oh chéri, t’as pas eu la main morte avec le piment rouge, c’est pas sympa de me faire ce coup là, j’ai le nez qui coule maintenant tellement ça pique, c’est malin ! ?» (bastard ?) . Vous voyez, j’opte toujours pour la réponse numéro deux, je ne suis pas comme l’âne de Beridan (réelle expression française mais très peu usitée), ça évite tout ressentiment et la relation reste saine. On est ami à la fin du repas et c’est ce qui compte.

Alors un enfant ou pas Roger ? Votre horloge biologique tique à tout rompre, c’est  donc maintenant et pas dans dix ans. Calmez-vous ! Prenez l’air un chouïa exaspéré ou plutôt inquiet. Sérieuse comme la secrétaire en réunion qui se concentre pour prendre des notes et regarde son patron en lisant sur ses lèvres car elle ne comprend pas ce qu’il dit, c’est en Anglais, il a bu (il est dix heures du matin et alors ?), son phrasé est saccadé, et il bave légèrement. Impossible de prendre des notes. Vous êtes agacée, mais consciencieuse. Vous faites votre boulot. Idem pour faire un enfant.
C’est du vécu, ça s’entend non ? Pfff, je vous ai déjà dit que j’ai été secrétaire de direction. Voyons, je fais pas que rien dans la vie !!!!

On n’ouvre pas un dialogue sur la conception d’un enfant, en ricanant, en s’allumant une clope (surtout pas), en feuilletant Camping Car magazine à la librairie ou à travers la porte des toilettes pendant un pipi. Non.

Moi, après mes retrouvailles avec mon mec Pip, j’ai pas mal insisté sur mon âge et la carrière internationale qui m’attendait. J’ai dû prendre mon air mutin et dire que vraiment c’était mieux maintenant que jamais ; s’il en voulait un. Il en voulait un. J’ai fait un savant mélange de langue diplomatique et de lâche avec un nuage de langue directe.
Quoiqu’il en soit, neuf mois plus tard, y’avait un petit George à la maison. 


Illustrations de Frédéric Felder. Plus connu sous le nom de Franky Baloney, directeur commercial des Editions Les Requins Marteaux, il cultive deux passions : faire du feu pour faire griller des saucisses, dessiner des dessins  et jouer à l’euromillions tous les vendredis à 19H55. 
Merci Fred.




mardi 27 novembre 2012

Un blog et tous vos problèmes sont résolus.



Aujourd’hui, ça va être un peu comme dans la quatrième dimension, mais ça ne sera que la deuxième (nous n’avons pas l’argent nécessaire à la production) : je vais parler de mon blog dans mon blog. Une des occupations que j’ai trouvée pendant mon année sabbatico-abstinento-séparato a été de commencer un blog. Ecrire, pour mon plaisir d’abord, pour mes copines ensuite. Et mes parents. Ah et aussi pour la copine de ma mère, Françoise. Tout a commencé, le jour où j’ai lu une annonce dans un journal. Une personne qui créait son site internet, recherchait des gens qui avaient envie de raconter des histoires. J’avais envie de raconter ma vie, il y avait de la matière. J’ai donc tenté l’expérience et découvert que j’aimais ça, que ça faisait du bien là où ça passait.
On connaît tous la success story qui a suivi : je me suis plongée dans cette nouvelle aventure à corps perdu, les fans se sont amassés, des hommes faisaient la queue devant chez moi pour une signature sur un bout de chemise, j’ai eu des commandes pour le Tome II (du blog), ensuite la tournée, les drogues, les deux villas à Hollywood sur les bras etc.. (je baille). Bref, douée ou pas, je ne pouvais plus m’arrêter. C’était officiel, j’aimais et j’aime toujours écrire avec mes petits doigts boudinés volant sur mon clavier à la vitesse grand V.

Dans cette nouvelle vie avec mon nouveau blog, j’avais l’ambition de vivre de ce que j’aimais (bonne chance) et de partager mon nouveau bonheur. Je rejoins sur ce point Céline Dion qui a dit « Le bonheur ne se cache pas ». Si Céline pouvait arrêter de beugler et aller bosser encore plus loin que le Caesar Palace (dans le désert), le monde irait mieux, mais j’avoue que son enthousiasme pour la vie est un bel exemple et je n’hésiterai donc pas à la citer ce mardi.
Je dédiais ma vie à mon blog et passais en douceur à autre chose. Ne négligeons pas mon binôme avec Julie, ma copine dessinatrice, qui a boosté ce projet. Je n’étais plus seule, nous avions toutes deux, enfin, un vrai travail. Pas dommage à trente-cinq ans ! On était en liaison permanente, oreillette dans l’oreille, même pendant la vaisselle. Au cas où. Ça a été vraiment salutaire, j’étais plus légère puisque je me débarrassais de mes problèmes sur ce blog. Ils devenaient les vôtres, mes chers lecteurs, et avec du recul, ça paraissait moins dramatique toute cette histoire. C’était un peu comme une consultation chez le docteur mais à domicile. Je vous dois combien d’ailleurs ?


Quand l’été arriva, comme une abeille sur une pâquerette, mes enfants prirent le train destination Italie avec leur Daddy pendant que maman se refaisait une santé sous le soleil roussillonnais. Occasion aussi de trouver des idées de génies pour le blog, de se débarrasser de cette mine terne qu’on porte toute l’année à Londres – ça et des sacs plastique sur la tête parce qu’il pleut tout le temps - et de me remodeler la silhouette sur le transat près du jacuzzi de ma mère, entre deux « oufff » quand je me penchais pour ramasser le Voici et le rosé. Parce que c’est pas sous mes chaussures New Look que je vais le trouver ce corps de rêve, hein !!!

La suite ? Et bien, je suis rentrée chez moi, belle comme les champs, le cheveu soyeux et la démarche assurée (encore ?). J’étais gonflée à bloc, j’aurai pu casser des briques avec le revers de ma main (ou tailler des buissons en forme de paon), marcher sur de la braise aussi. « Ma vie morose Part I » se transformait en « ma vie en rose Suite et Fin ». Tout était derrière moi. Londres l’a vu tout de suite, et en toute modestie, j’ai conquis la ville entière même ceux qui n’y croyaient plus. Mon mec et moi avons décidé de conjuguer la vie à deux. Remettre le couvert, si ça vous parle plus. Il avait fait son petit bonhomme de chemin, trouvé la voie qui lui fallait pour être heureux aussi. Et ça ne pouvait pas se faire sans moi, apparemment.
Voilà, j’avais un blog et un mec. Exactement ce qu’il me manquait.


























Mariam Pagand, encore merci pour tes jolis dessins.




mardi 20 novembre 2012

Un lézard peut en cacher un autre


Saviez-vous qu’Obama, la reine d’Angleterre, toute la famille Rothschild, Tony Blair, Mick Jagger et j’en passe, étaient en réalité des lézards ? Mick Jagger okay, mais creusons un peu pour les autres. Cet article de David Icke m’a légèrement chamboulé et laissé perplexe tout le weekend. Et si nous n’étions que des infimes particules, complètement manipulées par des créatures plus fortes que nous qui seraient, pourquoi pas, des lézards humanoïdes ? Et comment David Icke peut-il sans vergogne et sans passer pour un illuminé, affirmer ceci ? Parce qu’une voyante lui a dit, il y a vingt ans, qu’il était l’Elu ? Qu’il était sur terre pour passer des messages pendant que d’autres feront du pain à la boulange à quatre heures du mat. Ancien journaliste sportif sur la BBC, il a un jour tout arrêté après une interview télé où il a balancé, d’un coup d’un seul, qu’il était le fils de Dieu. Boum !

Son site internet est assez intéressant et il a un mot à dire sur quasi tous les sujets. Dire que nous sommes manipulés et observés par des reptiles, fallait y penser et avoir de sacrées cojones; j'aime bien les gens qui prennent des risques, ça donne envie de s'assoir, commander un petit Marie Brizard, fermer les yeux et attendre.  Ou bien, c’était pour faire diversion. En pleine campagne électorale américaine et disette de unes sensationnelles, « on » lui fait une commande : David, tu nous ressors ton histoire d’aliènes, fais donc une convention à Wembley stadium, si tu fais rien samedi en deux. Des gens viennent du monde entier pour voir son…spectacle ? Sa convention ?
Par conviction ou pour se moquer ?

Pour se moquer. David, faut qu’on cause. Moi aussi j’ai aimé la série V, je connais les reptiles humains, mais je mets toujours une distance entre les personnages et moi quand je regarde une série. Sinon ça peut devenir dangereux. Non, Don Draper ne m’attend pas dehors dans sa Cadillac, la clope au bec avec le désir secret de m’attirer dans ses filets et de m’y garder pour l’éternité ; parce que ça ne me dérangerait pas. Et non, je ne suis pas Carrie Bradshaw dans mon appart New-Yorkais à attendre Mister Big sous prétexte que j’écris un blog en regardant par la fenêtre, vêtue d’un tutu et de chaussures imitation Manolo Blahtnik (j’ai pris la gamme en dessous, moins cher :New Look).

Des reptiles sous forme humaine envahissaient la planète, enfin l’Amérique, mais ça revient au même à Hollywood, et s’emparaient de la Maison Blanche – ce qui veut tout dire. Un vrai putsch dans l’espoir de nous anéantir tous et nous voler notre eau (?), à nous, Américains. Voilà, maintenant j’imagine Obama se transformer dans son bureau ovale entre deux conférences call. Même pendant si y’a pas la webcam. Est-il vraiment un lézard ? Non ! Pas Barack.

Mais dire de Mike Jagger qu’il en est un, c’est presque pas sympa.
Tout ça parce qu’il a des yeux de mérou. Il était bel homme dans sa jeunesse, les abus et les grosses fêtes du samedi soir, l’ont un peu abimé et c’est vrai, que maintenant, il ressemble à un lézard. Mais c’est pas gentil de le dire. Faut juste le penser. Par contre, bien joué, de dire qu’Obama est l’un d’eux. Ça fout les chocottes, on est en pleines élections donc ça nous parle, président des USA, c’est un peu comme président du monde. Si Obama est un lézard machiavélique qui cherche à nous dominer, nous pomper notre matière grise (déjà, bonne chance), on est dans l’épicentre de sa théorie jusqu’au cou. Ça revient à dire qu’on va tous mourir ou devenir des lézards parce qu’il nous tiennent, lui et la reine d’Angleterre par le slop. Et moi, messieurs mesdames, j’ai pas envie de ressembler à Mick Jagger, non merci.
Tout ça pour dire qu’on a besoin de croire en quelque chose (surtout quand on a un coup de mou) en n’importe quoi, en dieu, aux astres, aux fleurs, en l’amour, la réincarnation dans les mouches et même aux lézards. Ceci dit, ce dernier peut vous attirer des bricoles : Mme Icke numéro deux a été congédiée car David Icke, notre illuminé, trouvait que son visage avait bizarrement changé et qu’elle était sûrement de la team Obama & Co. Elle a pris son sac sur le champ (qu’est-il arrivé à Madame Icke numéro un ?). C’est mieux de croire en des choses plus simples : l’amitié, la famille, l’amour, et des sous pleins nos portes monnaies.

Si ça m’a un peu tourmenté cette histoire de lézards, c’est aussi parce qu’Oscar passe son temps à me dire que je ne suis pas « vraie », qu’il est seul sur terre et qu’on est tous des robots. Alors je m’interroge. Et s’il avait raison. Si Obama et Mick Jagger sont des lézards, pourquoi pas Pip aussi. Va-t-il finir comme Madame Icke ? Ou comme dans un vieux Scoubidou, va-t-il enlever son masque et nous révéler son vrai visage ?





Merci Mariam Pagand pour tes dessins. Tu nous as gâtés.




mardi 13 novembre 2012

There's a place in Kokomo


La semaine dernière, j’ai acheté le dvd de Cocktail pour £4. Tom Cruise à £4. Je passais devant ce rayon à la recherche d’un dictionnaire anglo-japonais pour Oscar et mon regard a croisé celui de Tom,  seul devant son zinc pour £4 seulement. J’ai eu une grosse bouffée de nostalgie en voyant la pochette. Et puis de la peine aussi pour Tom Cruise à £4.

Etrangement, c’était plus ma sœur qui était fan de Tom. J’avais jeté mon dévolu sur Rob Lowe. Youngblood, A propos d’hier soir… tant de chefs - d’œuvres pour un seul homme, ça fait mal aux bras. A l’époque, j’étais plus axée sur le physique que le talent. Encore aujourd’hui, mais c’est pour dire que j’ai commencé tôt. J’ai un peu laissé tomber sa carrière quand ses scandales sexuels ont éclatés ; mais je regrette maintenant. Je n’avais que quinze ans, je me suis sentie trahie et déshonorée, je ne pouvais plus sciemment dire que j’étais fan de lui sans me prendre des regards foudroyants et des quolibets.
Aujourd’hui je me dis juste qu’il était chaud comme la braise le Rob.

Bon, c’est la solitude, vous pensez, qui me chamboule les hormones. Le désert libidinal ? Je penche plutôt pour la vieillesse. Revoir Tom avec son brushing et le néon rose « Cocktail », c’était comme une grosse claque dans ma figure. Biing Marie, prends cette poêle en pleine face vieille bique ! Et vlan, je me retrouvais avec mon Teddy rose (blouson pas nounours) et mes cheveux court en brosse avec la queue de rat, chaque semaine amoureuse pour la vie d’un nouveau garçon. 

Découpant minutieusement des photos de Madonna et les collant sur mon plafond – les murs étaient déjà trop chargés, on ne pouvait plus respirer. Mes parents refusaient de rentrer dans ma chambre, ils trouvaient l’ambiance suffocante et me souhaitaient bonne nuit par le trou de la serrure. Trop groovy pour eux. J’étais dans ma bulle pop. Tom Cruise à £4 c’est pareil, ça me rappelle ma sœur dans la chambre d’à côté, qui découpait sa tête à l’infini. Michael Jackson aussi. Elle avait le poster géant au dessus de son lit qui ma foi faisait réellement flipper.  Mes parents devaient l’enlever tous les soirs, le sortir de sa chambre et le remettre au petit matin, car elle avait trop la trouille de Michael loup-garou-zombie époque Thriller. Etre dans le clan Madonna était plus sûr.

Oh attendez, la B.O me revient. Je ne suis pas musicienne, mais mélomane ; je sais reconnaître de la bonne musique, demandez à n’importe qui. Britney Spears, Madonna et Kool and the gang dans mes cassettes. J’entends les Beach Boys entonner « there’s a place called Kokomo… » et ça me plonge direct dans l’ambiance cocktail, l’ambiance love du film.

Il est juste là. Sur l’étagère, il m’attend. Avec qui vais-je le regarder? Seule ? Avec Oscar ? Pourquoi pas avec Pip pendant que vous y êtes ! Ça, c’est un coup à se faire quitter et à envoyer des lettres anonymes pour se moquer. Ne prenons pas ce risque. Cocktail est un film mièvre de seconde zone exclusivement réservé aux filles. J’ai soudain un peu peur de le revoir. Je ne veux pas être déçue et me dire que non seulement les années 80 - mes années à moi, ma jeunesse, mon insouciance - sont révolues mais qu’en plus elles sentent le mauvais goût et le bonbon pourri ; le Tom qui a tourné. Certaines vérités font mal : les pulls chauve-souris et les épaulettes, c’est fini et ringard et Tom ne sait pas faire les cocktails.

«  Kokomo…..hum hum oh…. sunshine !!! »

C’est la solitude, la peur de changer de décennie, d’avoir une nouvelle ride et les ailes de chauve-souris sous les bras à défaut du pull. Je ne fantasme pas du tout sur Tom. C’est le blues. Je traverse juste un moment pénible et au lieu de manger du chocolat aux amandes, je me tourne vers mes doux souvenirs d’enfance. J’ai comme un poids sur le cœur. La légèreté me manque. Ma vie actuelle est bien trop pesante : les factures, les enfants, les problèmes de couples, y’a plus de papier maman comment j ‘fais etc... Oh mazette, je préférais quand je découpais les magasines et chantais du Madonna en me disant qu’un jour, oh oui, je lui dirai combien je l’aime.

Pendant ce temps-là, Tom me regarde, accoudé à son bar, l’air de dire : «  Vous prendrez bien un p’tit verre darling, un coco loco, un Paris-Brest, I love you, you know? ». 

Avec sa main sur le comptoir, il me dit qu’ici c’est son bar, c’est son royaume, ses bouteilles et ses ombrelles en papier, on vient pas lui en raconter, ses cocktails il les fait comme il veut et si la petite blonde elle est pas contente, elle va chez Flunch. Il aurait pu être videur aussi. Il avait le choix, la carrure, le style. Mais c’aurait été un autre film.
Et bien moi tous ces messages, plus les subliminaux (pailles bleues sur le côtés donc cocktail sans alcool donc boissons pour mineurs donc pour moi à l’époque de ce film) ça me met le bourdon et pire qu’une chanson de Mike Brant, ça me fait ressasser le pourquoi du comment j’en suis arrivée ici alors que j’avais tellement d’espoir.
Il faut vraiment que je me trouve une occupation qui dure plus longtemps qu’une heure par jour parce que je broie du noir  alors que y’a pire ailleurs.



Vous voyez, là, maintenant, j’en prendrais bien un en fait. Tom ! Mon martini !





















Cette semaine Antonio Papaleo nous régale avec ses dessins. Un petit clic sur son nom et vous découvrirez pleins d'aventures sur son blog. MERCI Antonio!

mardi 6 novembre 2012


La bitch est morte, vive la biche !




Inspirant non ? Mais ce n’est pas de moi.


Dans la famille de Pip, je suis une biche. On est tous représentés par un animal. Comme un daemon pour ceux qui on lu Philip Pullman. Il se trouve que je suis une biche. Ma belle-mère a un jour rendu son verdict et choisi l’animal de chacun, même le vôtre. C’est l’experte. Bon, je me voyais plutôt en bel Appaloosa, la crinière au vent, le regard vif, la narine frétillante ; rapport à la passion de mon enfance. Mais Linda, elle m’a vu en bambi qui broute de l’herbe toute la journée et qui sursaute au moindre crissement de feuilles. Mais gracieux a-t-elle ajouté.

Je prends donc ces mots comme un signe. Allez ! Comme dans les années chinoises. C’est mon année.
Je le prends d’autant plus personnellement que j’ai aussi un côté un peu bitch. Et ça, elle a pas mis le doigt dessus la belle-mère. C’est presque un signe du destin, vous voyez.  On me dit que la biche est morte, ça me rassure. Je me sens plus légère d’un coup et prête à commettre de nouvelles  diableries. Ça doit se transmettre dans les gènes car Oscar ce matin m’a interloqué par son audace. En rangeant ses affaires, j’ai trouvé un t-shirt inconnu dans sa penderie. Je voulais savoir d’où il sortait.  Le T-shirt. Il ne savait pas, il réfléchissait. Puis il s’est rappelé que ce devait être à Bilal. Ou non à Kaito.
« Han… j’chais pu maman !!! ». Il m’a demandé si je l’aimais bien ce t-shirt. « Regarde ! » C’était un gros oiseau genre Titi (peut-être un angry bird ?). J’ai dit avec une moue « …mmm non pas trop » puis lui «  beh t’as qu’à le prendre sinon ? »
Sinon quoi ?
Ahlala les jeunes aujourd’hui ! Il voulait me donner le t-shirt de son pote ! Non de diou ! C’est bitch non ?

Meanwhile les semaines passaient à vitesse grand V. Mes activités périphériques me permettaient de supporter le quotidien et ma séparation. Je me forçais aussi à sortir. Ma baby-sitter ne me coûtait pas cher, ce n’était autre que Pip !
L’occasion fait le larron (j’avais du temps pour moi maintenant, autant en profiter non ?), je passais pas mal de week-ends sur Paris pour retrouver ma famille et mes amis, ceux qu’on a besoin de voir quand ça va pas. J’allais téter la gougoutte comme dirait Mamie Gorby sauf que moi là-bas c’était plutôt téter du goulot. Les nuits parisiennes me vampirisaient. J’étais un peu Dr Jekyll et son ombre ou un des deux Guetta (David je peux pas, donc Cathy ce sera) : la fête, la fête, la décadence, le bon goût, la bonne musique et champagne pour tout le monde !
Je rentrai le dimanche complètement retourné, parfois encore enivrée. Mais c’était bon de voir des amis, de danser, de rigoler. Et de trouver des épaules sur qui pleurer. Des fois des bras. Et de remettre ma panoplie de maman (pas fraîche) le dimanche soir à 19h00.
Le temps passait et les amis fêtaient leurs quarante ans. Encore plus d’excuses pour venir sur Paris. Je pouvais enfin parler librement sans réfléchir à la prononciation, juste déblatérer n’importe quoi, dire des mots en verlans ou en franglais, ma langue préf.  Grisée par la facilité de mes échanges, je  tentais même un « …c’est la fête du slip ici  ou quoi?!!!! » Silence (je rappelle que j’ai quitté la France en 2004). Bon apparemment on ne la dit plus cette expression.

La dernière fête en date était celle de mon ami Cédric. Je peux vous dire qu’on a mis le feu sur la piste et sur ma air guitar. Mais à nos âges, on paye pour s’être amusé autant. Les lendemains sont douloureux. Très difficile en fait. Ayant peu dormi et beaucoup bu (maman et tes copines : en fait je bois pas tant que ça, c’est juste pour faire drôle dans l’histoire), mon trajet Paris-Perpignan en train fut extrêmement pénible. Pour info, je récupérais  mes enfants chez ma mère. Cendrillon redevient souillon, moi, maman. Et ne vivant plus dans votre pays, chers amis, je n’étais plus habituée à la SNCF et ses promesses bidons. J’aurais          aimé qu’on m’avertisse sur l’IDtgv.
Sans me consulter IDtgv m’a réservé une place dans un carré convivial. Plusieurs ambiances étaient à disposition au moment de la réservation, mais personne ne m’en a parlé. En arrivant dans mon wagon, il n’y avait qu’un monsieur en face de moi qui m’a salué très poliment. J’ai répondu mmmbonjorur très doucement pour ne pas l’atteindre dans le visage avec mon haleine avinée (maman, si tu lis toujours, je n’ai pas de problèmes avec la   boisson). Assise, je  m’enfonçais dans mon écharpe et me préparais 
                                            à cinq heures de sommeil sans s’arrêter.


Le monsieur avait envie de s’asseoir maintenant à côté de moi. Mouais si tu veux, pas toutes les cinq minutes, j’ai l’intention de dormir. Et j’y retournais. Dans l’écharpe. Ensuite une dame et son fils d’environ sept ans arrivent et s’assoient en face de moi. Bonjour !!!!

Mmmmm.


Elle avait besoin d’attention cette dame. Elle nous expliquait à moi et mon voisin de droite maintenant, en nous regardant bien, qu’elle avait été bloquée sur le quai, à cause de contrôleurs qui regardaient un à un les billets des usagés. Elle a bien cru rater son train etc…. Elle avait l’air gentil et bien élevé, un peu année 80 au niveau de la sape et de la coupe de cheveux mais pourquoi pas, on fait ce qu’on veut avec son look.
En gros, l’ambiance s’annonçait convivial à mon grand désarroi. En fin de gueule de bois, et aussi par politesse, un œil fermé, un œil ouvert, je me suis redressée et  je suis parvenue à aligner deux mots à notre femme des années 80: ah bon ?  Ouais, moi, on m’appelle la pipelette. Tu me dis bonjour et je te tiens la jambe pendant des heures. A la fin tu connais le nom de ma première maîtresse (Mme Bergeron) et la couleur de mes chaussettes que j’avais achetées à Rotterdam avec mes parents en 1986.
Mais le monsieur à côté de moi - que je prenais pour un homme dans sa soixantaine juste content de la vie et heureux de prendre le train en face de moi, puis à coté de moi - très poli lui a répondu «  ah mais Delphine je t’avais dit de ne pas retournée acheter tes journaux …… »

Mais que se passe-t-il ? Qui parle ? Ils se connaissaient ? Pourquoi elle me regardait alors ? En fait, les chaises musicales c’était juste pour que je comprenne bien que les places étaient réservées à sa famille. Et « Delphine » ne me parlait pas du tout. Elle racontait juste à son mari, la panique qu’elle s’était prise dehors et moi avec mon ah bon anodin, je me mêlais carrément de se qui ne me regardait pas. Je me suis encore plus ratatinée dans mon siège et me suis endormie après l’annonce du contrôleur : « Bonjour vous êtes en voiture 18, espace convivialité (je m’en doutais !), dites bonjour à votre voisin (véridique !) et le monsieur à côté, tout sourire « ah bah moi, c’est fait, j’ai dit bonjour ! »
C’était vrai. Bonne nuit.



Illustrations de Lorie Letrepuec qui aime les biches comme moi. Merci poulette.