mardi 16 octobre 2012

Les Cybermecs


Bonjour et bon mardi.

Suite et fin du thème qui nous préoccupe : les rencontres sur Internet. J’insiste, je sais, ça fait trois mardis que je vous rabâche le même sujet, je sais, mais c’est mon blog, j’y fais ce que je veux.

Je disais donc… aucun homme ne retenait vraiment mon attention sur ces sites. Je prenais par contre de l’assurance et draguais en veux-tu, en voilà. Je me prenais des vestes aussi. Beaucoup. En fait, les beaux mecs, ceux que je trouvais canons, ceux où je me disais : « putain, si celui-là,  je lui plais, qu’il me répond et qu’on se rencontre samedi prochain et que peut-être il a une maison dans le Somerset, qu’il veut absolument que je vienne à son vernissage et que peut-être en route dans sa décapotable, je mettrai un foulard parce qu’il y aura du vent etc… » Et ben, ceux-là ne répondaient jamais à mes 
« Coucou ça va ? ». Jamais.


Par contre, de sacrés numéros m’ont contacté. Y’a eu celui qui adorait les chiens. Sur toutes ses photos, il était affalé avec ses cinquante chiens. Sur son canapé, dans sa cuisine, nez contre nez. Il sentait bon le terroir et l’honnêteté. Un mec qui ose mettre dix photos sur son profil, au lieu de deux suffisantes, toutes avec un ou cinquante chiens, c’est que vraiment, c’est sa passion. On sait de suite à qui on a affaire. Je pensais pourtant avoir bien mis cheval only à animaux. Et juste par loyauté.
Peut-être qu’il avait craqué en voyant mes photos de trois quarts.

Y’a aussi eu Tom, le sportif, qui me demandait si j’aimais le trekking dès le deuxième échange.
Je m’arrête deux secondes. Est-ce que j’aime le trekking ?
A-t-il lu mon profil ? Des heures de questionnement et de remise en cause. Est-ce que j’avais mis que je faisais, ou même, que j’aimais le sport ? Non. Le trekking encore moins. Je n’aime pas marcher pour aller chercher ma fille à l’école, alors juste l’idée de marcher dans le désert avec Tom, me donne des hauts le cœur. J’ai mis fin à cette correspondance immédiatement.

On n’allait nulle part là.

Jenny au chapeau de cow-boy (une de celles qui ont un verre à la main) a profité de mon scepticisme pour me dire que, sans rire, j’avais des yeux magnifiques. J’ai dit merci à Jenny. Enfin quelqu’un qui avait vu la beauté telle qu’elle était. Jenny a encore un peu insisté. Pour ma carrière de lesbienne, c’était le moment ou jamais. Mais j’ai préféré lui interdire l’accès à mon espace-rencontre. Elle était trop collante et pas mon style.

Jusqu'à Andréou. Photo stylée et soignée, un petit air de Sherlock Holmes pour ceux à qui ça dit. 
Il avait l’air différent des autres et plus tourné vers la culture. Vu la tournure des choses, j’avais renoncé au prince charmant, mais je pouvais me faire des amis. Ce que je m’échine à dire depuis le début. Une rencontre déboucherait sur un nouveau monde et  d’autres gens. D’autres princes charmants.
On n’a pas attendu trop longtemps pour se retrouver dans un musée, j’en avais un peu marre d’écrire en fait. C’était l’hiver.  Il neigeait un peu. C’était une grande première pour moi de rencontrer un inconnu, j’avais choisi un endroit public, car je suis méfiante et trouillarde. En arrivant dans le hall du musée, la peur au ventre, il m’a fait signe, je n’ai reconnu que la  petite moustache. Aucune trace de Sherlock Holmes. S’il avait l’air grand et fin sur la photo, il s’était ratatiné entre temps et mangé au KFC tous les jours. Andréou était petit et gros. Un p’tit gros. J’ai normalement rien contre, mais Andréou avait menti sur la marchandise et pas joué le jeu des rencontres sur internet comme il fallait. D’accord, j’ai dit que j’étais là pour créer des liens amicaux, mais j’appréciais moyen ce changement en cours de route. Pas cool Andréou, je fais quoi maintenant? Je vais pas te dire « ah non je peux pas, faut que je reparte car tu es petit et gros ». Malgré ma déception, nous allons  boire un café à la cafète et Monsieur sort fièrement sa carte de membre. Super. Va, pour un café. Andréou est roumain. Andréou est féru d’Histoire aussi. Et il parle couramment le français. Je me suis fait le Andréou pendant quasi deux heures, il m’a sorti la bio de Napoléon, ce que ce grand monsieur a fait pour les écoles roumaines et l’admiration sans bornes qu’ont les Roumains pour la France. Napoléon. C’est mon père qu’aurait dû être assis là avec Andréou, ils se seraient adorés. Ça lui aurait fait plaisir qu’Andréou soit mon nouveau fiancé.
Sans le faire exprès je le jure, j’arrêtais pas de parler de Pip. Le moindre sujet avait un lien avec lui. Je m’en rendais compte et je me faisais un peu de la peine.

Allez Andréou, si t’as ta carte de membre, on va se faire l’expo Pop art. Il y avait une salle fermée avec un panneau sur une porte disant que l’accès était réservé aux personnes de plus de 18 ans. Tiens, tiens j’me suis dis, cool, c’est pour moi ça. Mon côté canaille a écrasé mon côté alerte rouge. J’adore les interdits.

Andréou n’avait pas l’air convaincu. Il l’avait déjà vu, il avait trouvé ça bof bof. Andréou, je suis une femme libre. J’ouvrai magistralement les deux portes et là, je tombai sur les photos format géant de La Cicciolina, prises par son mari de l’époque, Jeff Koons.
J’ai regretté à l’instant même où j’ai franchi ces deux portes. Madre mia.
La Cicciolina sur un rocher, la Cicciolina et son intérieur – pas chez elle - les fesses de la Cicciolina, ouhla  son poupoute. Aaahhhhh arrêtez !!!!

On voyait tout ; et j’étais avec ce mec que je ne connaissais pas. Malgré mon embarras, je l’ai joué très détachée, très scène de crime. Tel un professeur les mains dans le dos et l’air pensif. Grand moment de solitude. Après ça, j’ai invoqué la neige, dit  à Andreou que j’habitais hyper loin, que si je rentrais pas maintenant, je serai coincée pour la soirée. Je sais que ça lui aurait plu l’idée de m’héberger pour cause de neige, mais j’étais  pas là pour améliorer les échanges culturels Franco-Roumain. Allez, la bise et je suis partie. Quel désastre. Désolée Andréou mais on recherchait pas la même chose je crois. J’avais, le lendemain un goût amer de m’être fait avoir et d’avoir dû être un peu sèche avec quelqu’un de gentil. J’ai fermé mon compte sur le champ et dis adieu au prince charmant de l’internet.


Illustrations de Stéphanie Lollichon. Quel délice de vous avoir chaque semaine mes amis.




mardi 9 octobre 2012

A l'attaque!


On est lundi matin (sur ma planète), et tout commence le lundi : le régime, le nouveau boulot, le patch Nicorette sur ton bras, les machines à laver et  parfois, les emmerdes.

Pour commencer ce business de dating online, je devais me décrire avec l’objectivité d’une personne honnête, simple et intéressante. Trouver une accroche, faire envie, sans faire pitié. Faut pas se leurrer, les gens qui vont sur Internet pour draguer, sont un peu au bout du rouleau et il est sage de garder à l’esprit  ce précepte afin d’éviter toute déception. C’est un peu comme jouer sa dernière carte. Après ça, on se maque avec Frank Moreau, celui que personne ne veut, parce qu’il nous arrive sous le bras et qu’il est gentil. On n’aime pas les gentils. 

Cette histoire de profil m’a un peu retardé dans mon planning. Ça m’a pris un temps insensé et j’en suis venue à me poser des tas de questions qui n’avaient jamais traversées mon esprit avant.



Mes passions ? Le cheval ? J’en ai fait pendant sept ans quand même.
Mon métier ? J’en ai pas. Ou néant. Mais il fallait que je remplisse la case sinon, ça laissait entendre que j’étais entretenue, glandeuse ou chômeuse. Ou que je ne m’intéressais pas à grand-chose et là, on en revient à mes hobbies.

Mentir alors ? Bah oui, merde ! Créer des mythes mais pas très éloignés de la vérité. Le mystère. J’envoûte dès la lecture de mon profil, on veut me connaître et en savoir plus. Je serai donc journaliste pour un magasine français (pas de nom. Si on demande c’est du Elle ou du Vogue), sans enfant mais je les adore tous autant qu’ils sont. Indépendante, drôle. Rigolote ? Amusante ? Non. Qui aime rire ? Ou bon public ? Nan, ça fait la nunuche qui n’a pas d’esprit. Bref, j’ai passé beaucoup de temps à fabriquer ce mystère.
La dernière case était champ libre, exprimez-vous, j’ai donc dit :
J’aime la simplicité, allons boire un coup et je vous dirai tout au deuxième verre. C’est accrocheur non ? Les Anglais aiment les filles qui boivent, c’est donc de bon goût d’en parler.

Etape numéro deux : choisir une belle photo. Je voulais paraître sous mon meilleur jour mais sans me révéler de trop. J’avais peur qu’on me reconnaisse dans la rue, comme c’était arrivé à mon ami Mat. Je balance les noms. Hors de question qu’on sache ce que je manigançais. C’était mon secret. Pas envie qu’on aille rechercher mon profil pour me faire des blagues, que par exemple je me pointe pour un verre avec en fait cousin machin. Ou que Pip en ait vent.

J’ai choisi une photo de trois quarts. On ne voit que le côté droit de ma tête et c’est mystérieux. Ça peut donner envie aux gens de se déplacer pour vérifier le mystère de l’autre côté. Un peu comme le mal et le bien. Le pile et le face ou le Double-Face dans Batman. Analogies certes inadéquates pour rencontrer des gens sain d’esprit, mais le thème choisi était le paradoxe : montrer sans dévoiler. C’était ajouter une difficulté de plus à ma tâche certes, mais je ne pouvais décemment pas mettre mes photos de vacances : le bikini n’était pas mon atout cœur. Ni de famille : je suis sensée être indépendante et sans enfants. Ni d’identité : on a pas le droit de sourire sur les passeports, et je donne pas envie sans un petit sourire. Ni déguisée : je n’en ai qu’une où je suis déguisée en papillon et j’ai vingt ans. Oui, non ? J’ai fouiné un peu sur les autres profils de filles et j’en ai vu pas mal déguisées en cow-boy (girls) ou en train de faire la fête un verre à la main et l’air de vachement s’éclater, de n’avoir besoin de personne. Moi, je dis à ces filles qu’elles feraient mieux de se faire des mecs sur place pendant qu’elles dansent. Et de nous laisser, à nous, femmes en difficulté, l’espace de rencontre-internet libre.

Là, je suis sûre, vous vous dites que mes aptitudes sociales laissent à désirer. Qu’il faudrait peut-être que j’envisage un premier appel gratuit à Josée Raymonda, coach de vie - et masseuse les mardis - pour une évaluation et quelques conseils sur l’Autre en général. Ça doit être le décalage horaire mais je vous répondrais : solitude, abattement, Peter et Sloane et je fais ce que je peux !

Bon, une fois la paperasse et les descriptions mystérieuses accomplies, c’est comme à La Redoute, on feuillète et on fait son marché, sans s’éloigner du  but : draguer, rencontrer des mecs et j’aime ajouter, se faire des amis. 

Alors, écrire à des inconnus sans passer pour la correspondante de quatrième, ce n’est pas simple non plus:
« Salut, ça va ? » Non. Un peu nase. Comme si on s’était parlé la veille. S’il est sur ce site, c’est que ça va moyen ou sinon il serait avec sa, ou ses,  gonzesses à Chamonix (prononcé Chamoni) à boire son vin chaud sur la terrasse de son chalet. D’ailleurs la photo de son profil les montrerait en train de jouer à celui qui descend le plus vite la piste noire a gagné son vin chaud à la cannelle et en a dans le slip, viens le chercher il est sous la couette. Le vin chaud.

On évite aussi les questions en rapport avec le pourquoi et le comment il est arrivé ici. Sinon, je vais être obligée de faire pareil.

« Coucou, tu fais quoi ? » Coucou ? Dans la vie ? Maintenant ? Mais ça fait trop la fille qui veut savoir si le mec a une situation intéressante et de l’argent pour le resto, non ?

« Bonjour, je m’appelle Marie me, j’ai vu que tu aimais les… animaux. Hey, moi aussi!!». Equitation pendant sept ans. Alors là, c’est assez osé, je dois dire. On va droit au but. On aime ou on n’aime pas.

Vous voyez, c’est pas évident ; tout ça en anglais of course, gros cafouillage au niveau des codes, que peut-on dire ou pas dans ces situations, je ne sais pas.

Alors au lieu d’écrire, j’ai fermé les yeux en attendant qu’on m’écrive.
Et les messages sont arrivés.

Mon premier flirt virtuel se prénommait Nick. Pas mal physiquement (on s’attache vraiment à ce genre de détails quand on est derrière son écran), prof et sympa. Prof mais sympa ?
En papotant un peu, il me dit qu’en fait, il n’a pas 35 ans comme il parait sur les photos mais 58. Silence. Glurp.
J’avais pourtant bien précisé dans mes recherches et dans mon profil que je ne prenais rien au-dessus de 45 ans. Et que je commençais à partir de 24, pour voir.
Il m’expliqua que c'est parce qu'il avait peur que ses élèves le reconnaissent qu'il avait sorti les vieilles photos de jeunesse.
Je l’ai complimenté sur la supercherie, dit que moi aussi j’avais eu du mal à choisir une photo, et notre relation épistolaire a continué comme elle avait commencé, glauque et ennuyeuse.

Tchao Nick au suivant.

On aura compris que chez moi, toute entreprise même petite, est laborieuse et qu’il faut vraiment avoir la foi pour ne pas décrocher avant la fin. Mais je l’avais.



* Illustrations cette semaine de Candice Hazard. Merci Cancan, tu reviens quand tu veux!





mardi 2 octobre 2012

Garçon! Un Marie me s'il vous plait!!!


Septembre, c’est la rentrée, les nouveaux cartables et les nouvelles fringues. Pour vous, ça sera aussi du Marie me tout frais.
Tac tac boum boum ! Y’a pas que Bebel qui peut descendre les marches, la jambe légère et le regard chaleureux. Y’a moi. La fin de l’été me va à ravir et je vais vous le montrer ici et maintenant.

Reprenons là où on en était. 2010.
J’avais toujours deux enfants, je vivais dans un délicieux petit cottage au nord de Londres mais je n’étais plus avec mon mec. Qu’est-ce qui était mieux, hein ? Vivre sans un mec ou sans ses enfants ? Réponse : ça dépend des jours.
Comme je l’évoquais précédemment, il y eu une période douloureuse, mais de nature guerrière, ma bonne humeur  a vite repris  le dessus pour m’ouvrir les portes du bonheur.

2010, l’année de tous les dangers. Enfin en bon terme avec mon célibat, j’étais ouverte à toute proposition. Legally blonde vous connaissez ? J’étais Reese Wetherspoon jetée en pâture aux Anglais : allez régalez-vous je suis célibataire (de la confiture aux cochons). Je débarquais en ville avec mes valises (mes gosses) et mon chiwawa rose (…). C’est bien simple, le monde m’appartenait.
Plusieurs options s’offraient à moi : rester sagement à la maison et tenter de m’atteler à la bonne cuisine de Jamie Oliver - en demandant à Oscar de me filmer in situ puisque plus personne n’était là pour le faire. Tant pis si le sale gosse se filmait plutôt les mains et le bout des chaussures en imitant un papy qui marche sur des patins parce que c’était rigolo. 


Tant pis si pendant ce temps-là, il venait juste de rater le moment hyper important, le presque dénouement, où je coupais un oignon géant comme un chef et sans pleurer. Comme un chef : pas comme un champion mais comme un putain de chef quatre étoiles, les mains parfaitement synchronisées et le hachement en staccato venu du ciel.
Pffff, pourquoi s’acharner sur la vie et les gens. Je pouvais aussi faire du ménage, ramasser les feuilles mortes, faire des gâteaux bien sûr et des machines à laver, du café des fois, enlever les traces de mains chocolatées dans les escaliers, récurer les chiottes, bref, l’intendance et tout plein de trucs intéressants.

Mais moi, j'avais choisi l'option numéro deux! Tchao le ménage, bonjour Londres-la-ville!!!! Je voulais m'amuser, profiter de la life, me refaire une jeunesse, les seins si possible, rencontrer des mecs si la chance me souriait.
Bien entendu, pour ne pas passer pour une petite bitch, je rappelle que cette période succède à une autre vraiment triste et morose. 
Mais on est pas là pour en parler, on est là pour se marrer !!! C’est mardi, c’est Marie me après tout! Waouh !!!

J’avais une to do liste en tête. Je commençais par le dating online. Si ma mère avait su, elle aurait été  ravie. En avance sur son temps, elle me l’avait déjà suggéré à l’aube de ma trentaine. Elle était alors, très inquiète à mon sujet. Elle s’inquiète vite, faut dire. Tout ça parce que je ne lui avais pas présenté un mec en deux ans (pouvais pas tout lui dire non plus). « Va sur internet » qu’elle me disait « on trouve de tout, même un mari, tiens, regarde machine, la fille de truc…. ». Un mari, un mari, elle y allait bien fort. J’étais pas contre un coup d’un soir pour commencer, relancer la machine quoi (pouvais pas en parler non plus). Elle m’avait acheté le guide du « Comment rencontrer l’Amour sur internet ».
Pfff, ça m’avait bien énervé à l’époque. Mon refus était catégorique, je ne m’abaisserais pas à ça, je préférais les rencontres naturelles.
Celles qui n’arrivent jamais.


Mais là, mes années londoniennes m’avaient épuisée, j’étais plutôt borderline niveau moral et je devais régulièrement faire un doigt du milieu à la déprime. Non mec, très peu pour moi. Je suis un vrai petit pinson dans le cœur et je crois bien que je peux m’amuser avec ce truc de rencontres sur internet. Et me faire des maris. Des amis. Des coups d’un soir !

Mon guide en poche (étrangement je l’avais gardé dans un carton, il a fait huit déménagements, trois échecs amoureux mais il était là quand j’avais besoin de lui. Un ami, un partenaire pour la vie) (c’était l’édition 2000, j’ai dû faire quelques mises à jour). Je me lançais donc dans cette aventure cybernétique, car il fallait se rendre à l’évidence, je n’étais entourée que de gens en couple qui ne pouvaient rien pour moi. Tous leurs amis et les amis de leurs amis sur trois générations étaient maqués. 
C’était un moindre effort pour un résultat qui pouvait être immédiat et intéressant: passer le temps, oublier le reste, le moche ; tout ceci depuis mon canapé.

Han la paresseuse…


* Illustrations de Peter Ayers. Un grand merci.





mercredi 19 septembre 2012

                             Pour du Marie me tout frais, rendez-vous le 2 Octobre !












mardi 15 mai 2012

Hello, Goodbye

--> You say goodbye, I say hello ! Hello hello…
C’est la fin d’une ère, la Londonienne difficile comme je l’appelle. La rebelle, la coriace, la fougueuse. La salope.
Ce fut une période d’apprentissage et dans mon souvenir, également une longue complainte teintée d’éclaircies sociales, de rencontre des autres et de soi. Ça me fait parler comme un coach de vie ces histoires.
Catherine Ringer le chantait dansles années 80 « Les histoires d’amour finissent mal …en général ». La mienne n’y a pas échappé, à force de tirer sur la corde, elle a cédé. Mon mec et moi avons pris des chemins opposés et une pause Kit Kat s’imposait. C’est triste mais ça forge le caractère.

À cette époque, j’étais pas fraîche mais l’Angleterre m’a attrapée  par le calbute et m’a regardée droit en face pour me dire : « toi, ma cocotte, tu vas te bouger le cul vite fait, bien fait. C’est ici que ça se passe, alors gogo go, pull yourself together ! ». Moi, à moitié inconsciente de chagrin et de désespoir, comme Juliette sans son Roméo ou Belle sans son Clochard, j’ai mis du temps à comprendre le message. Mais, jour après jour, je me suis reconstruite, et j’ai volé de mes propres ailes comme une jolie colombe. Je suis enfin devenue Anglaise, sans les dents en avant. Plus besoin de béquille, ou de punching-ball pour me délester de mes frustrations. Je me suis accordée un trimestre pour cuver ma défaite, et boire à  la santé de tous mes échecs. Pleurer dans les chaumières, et ressasser tout depuis le début. Où avais-je merdé ?
Hélas, je n’ai eu que très peu de temps pour m’apitoyer sur mon sort. J’avais deux bambins dans les pattes et eux, ils s’en foutaient de mon petit cœur. Ils avaient faim, ils avaient soif, ils étaient féroces et sans reproche. Tels des oisillons dans leur nid, ils criaient famine et à l’aide, occupe toi de nous ! Ils étaient unis,  solidaires et impitoyables, à me secouer pour que je me réveille de ce cauchemar. Acculée, je n’avais plus qu’une option, me battre. Sein à l’air et arbalète dans le dos, telle une amazone j’ai vaincu la déprime en achetant le livre de recettes de Jamie Oliver. Jamie, je devrais te remercier et me serrer dans tes bras huile d’olive et citron, car c’est toi qui m’a tendu la main graisseuse et sauvé de la sinistrose.
Ils avaient faim les morveux ? Je leur ai fait du sur mesure aux petits oignons. Ils avaient soif, je leur ai fait de la limonade aux citrons de Séville, je pouvais tout faire à cette époque, j’avais le don des dieux de la gastronomie. Depuis, ils m’ont quitté pour sauver d’autres humains dans la panade. Mais rien ne me faisait peur, tout était possible, c’était la Tour d’Argent tous les jours, et ces deux gredins étaient insatiables.
J’ai aussi mis le pied à l’étrier du bricolage. DIY (Do It Yourself) ? Oui, je pouvais construire des étagères, creuser  un trou dans le jardin pour planter un arbre, pas de problème. Couper les haies ? Tondre le gazon… J’étais l’homme-orchestre et je n’avais besoin de personne et surtout pas d’un homme encore moins de Pip. Sorry my dear. La vie pouvait continuer sans lui. Pour moi en tout cas, les enfants le voyaient tous les deux jours, à la porte, que je prenais soin d’ouvrir en restant cachée derrière, pour éviter toute collision latérale. Imaginez Tom Cruise et Jamie Foxxxxx dans un taxi. Espace confiné. Au secours.Tom prend Jamie en otage. Nous, spectateurs, sentons la sueur, pas la nôtre non, mais celle de Jamie, celle de la peur, celle de « Comment je faispour me sortir de là ?? Fuck ! », celle de l’oppression. À partqu’on nétait pas dans un taxi, c’est un peu ça que je ressentais quand Pip venait chercher les enfants et qu’il frappait à la porte. La sueur !
Je ne me reconnaissais plus, mais je savais au fond de moi, que cette métamorphose était nécessaire pour oublier. De toute façon c’était ça ou la boisson. Oui, je regardais souvent à des heures incongrues, la bouteille de Martini. Je pensais d’abord glamour avec James Bond et son Martini on the rocks et puis très vite j’avais soif et je me disais que moi aussi j’en boirais bien un. Mais il n’était que dix heures du mat et un café ferait l’affaire. Ou un Nespresso si vous voyez ce que je veux dire. 

Cette période a duré un an. Jour pour jour. Pas d’avoir envie d’un petit verre, mais de me sentir perdue. Et puis, Septembre est arrivé, la rentrée j’imagine, les nouveaux départs et ma vie a pris une autre tournure. Les choses sont devenues plus légères et la vie plus rose. Le bonheur avait-il frappé à ma porte ? Again ?






mardi 8 mai 2012

Let it Be

 Pourquoi ne pas faire une étude à la loupe des habitudes de mes chers Rosbifs ?
Je peux très bien être anthropologue pour la journée. Je crois franchement qu’après six années passées dans ce pays, ce diplôme devrait m’être accordé. Ça ou la nationalité. Enfin, moi, j’aime bien être française. Parce que, plaignez-vous les gars, d’être français et de votre pays qui tombe en décrépitude; mais moi, ce passeport m’a toujours porté chance à  l’étranger. Qu’ils soient américains ou anglais, ils adooooorent mon accent, comment je m’habille et même ma façon de penser. Pour eux, je suis élégante, libre et moderne. So french ! Et on ne rigole pas. Avant, je n’avais pas conscience de ces atouts. C’est devenu, tout doucement, un avantage d’être française. Mes défauts se sont transformés en qualités. Si ça, c’est pas super ! J’étais parfois bougonne et impulsive, parfois trop directe avec certaines personnes. Même moi ça m’énervait. Et bien non, eux, ils aimaient bien.
Ça n’a pas toujours été le cas. Au début, on me regardait un peu de travers. Ils étaient  choqués qu’on puisse dire franchement ce qu’on pense, sans humour, dérision ou gêne.  Avec le temps, ils ont compris comment je fonctionnais et ne s’offusquaient plus. J’ai même parfois ressenti une pointe d’envie. Comme si pour eux, c’était juste impossible. On ne leur avait pas appris.
Beh oui, les Anglais sont diplomates, archis polis, ils tergiversent beaucoup et surtout s’excusent en permanence : oups I’m sorry. Même quand c’est pas de leur faute.
Mon mari et moi avons eu l’occasion plus d’une fois de confronter nos différences culturelles. Je regrette qu’on ne m’ait pas donné un petit guide, un feuillet aurait fait l’affaire, sur comment comprendre les Anglais. Décrypter leur Non, reconnaître un OUI. C’est un peuple complexe vous savez, ils trouvent très difficile de dire les choses comme elles sont. Prenons l’exemple d’une journée shopping avec son mari. Prenons mon mari. Il essaie une fringue dans une cabine d’essayage, en ressort gêné et penaud, proche du malaise (rien que ça je ne comprend pas, j’aimerais que ce soit dans le guide aussi!).
Une Anglaise dirait à mon mari : « Oh yes, c’est bien ça ! J’aime les petites finitions en rouges, c’est chic ».  Moi, j’ai dit : « Ah ça va pas être possible Darling, les décorations rouges, là, t’as l’air d’un sapin de Noël, essaie donc autre chose. Le bleu te va mieux en général, ça fait ressortir tes beaux yeux que j’aime tant ».
Voilà, c’est net, précis, sans chichis. Direct quoi. Pas méchant. Ni gentil. C’est : on essaie des fringues depuis trois heures, j’ai faim et t’arrives pas à te décider, j’en ai marre !!
Alors, en Angleterre, ma méthode ne marche pas du tout. C’est comme un choc, ou une baffe en pleine gueule.  C’est agressif et belliqueux.
C’était le même souci pour aller au cinéma ou faire les courses. Si j’ai pas envie de faire quelque chose, je dis : non. Si j’avais eu ce maudit guide, j’aurais compris que parfois, pour exprimer un non, il faut dire un oui.
   Situation typique : 
-    Veux-tu aller voir Fast and Furious IV ce soir au cinéma ? 
-    Oui, pourquoi pas, mais j’avais vraiment envie d’aller voir Jane Eyre (ou Crimes et châtiments ou Barry Lindon, choisissez un film aux antipodes) plutôt. Pas toi ? 

Après ce grand moment de diplomatie, il faut  croiser les doigts et prier pour que l’individu saisisse la perche, sinon, mes chers amis, vous êtes obligés d’aller voir les voitures de courses et Vin Diesel. Ok, y’a aussi le blond aux yeux bleus que ça me dérangerait pas qu'il me pourchasse, mais c’est les voitures, mon problème.
Et moi, je dis qu’un non bien franc, évite souvent les emmerdes et en terme financier, ça peut faire faire des économies. 
Cependant, il y avait une urgence avec la belle famille. J’ai dû tempérer plus rapidement avec eux, dans l’espoir d’avoir quand même des gens qui m’aiment et pas toujours me sentir  seule.
Si on récapitule tout, mon anglais était à revoir, mon accent à couper aux couteaux et mes aptitudes sociales à étudier en profondeur. 

Grâce à tout ce savoir aujourd’hui, je ne relève plus chaque réflexion faite sur les Français qui sentent le camembert ou mauvais tout court. Je n’ai plus de territoire à défendre. Je suis entre deux pays, je n’appartiens à aucun. Et je sens bon.

Non, vraiment Vive l’Angleterre !











mardi 1 mai 2012

With a Little Help from My Friends

 
Retour à  London city, tout le monde descend.

Malgré la grisaille londonienne, j’étais encore en after honeymoon. J’avais décidé que je voulais perdurer l’insouciance, le fun,  la rigolade, le tordage de boyaux, le mal aux zygomatiques. Mais pour cela il me fallait une copine. J’avais besoin de papoter pour rien dire, besoin de légèreté, de parler de vernis à ongles et des news de Voici, de coupes de cheveux et du mec assis à la table de derrière qui n’arrête pas de nous, me, mater. J’étais une pouffe comme les autres et j’avais des besoins. Marre de régler des problèmes ou de faire des efforts. Le fils et le mari me parlaient football ou Elfishe, il y avait donc urgence à aller voir ailleurs et faire des rencontres.
Le pire, c’est que j’en avais des copines. Il y a eu Jule, l’Allemande, hyper cool. La  bio dans toute sa splendeur qui recycle tout ce qui bouge, avec ses pulls tricotés maison et ses chaussettes dans ses sandales. Clic clac ! On bossait ensemble et au bout d’un an, elle est partie avec son mec, vivre en Nouvelle-Zélande. Merci. On pouvait pas faire plus loin. Difficile d’aller la voir, c’était pas l’envie qui me manquait mais l’argent et le temps. Ensuite, il y a eu Nathalie, ah Nathalie… c’était ma copine de pub. Une pinte, une clope. Célibataire et toujours prête à faire la fête. Présentée par ma copine parisienne, c’était une globe-trotteuse. Elle débarquait de dix ans en Amérique et, comme moi, parlait le Jean-Claude Van Damme à merveille. On s’comprenait. Ça faisait du bien qu’elle vienne à la maison, et qu’on rigole en français. C’est dommage… Nathalie… le Brésil lui a tendu les bras pour un boulot et elle m’a laissée tomber comme une vieille chaussette. C’est sûr, moi, à coté d’un beau brésilien musclé, bronzé, sur un char à Rio, je n’ai pas fait le poids.
Plus tard, il y a eu Souad, rencontrée grâce à une amie commune et partie pour New York à peine avais-je commencé à lui raconter ma vie... J’y ai pensé, mais non. Rien à voir avec moi, si elles partaient toutes. Je suis, moi-même, une bonne amie. En tout cas, je m’applique.
Bon, passons à Sara, l’italienne qui vient juste de partir pour Ramsgate. C’était ma copine de cinoche et en plus nos enfants s’entendaient bien. Ramsgate… c’est la plus proche de toutes en fait. Une heure de Londres.
Peut-être que Londres n’est qu’un tremplin pour aller plus loin. Puré ! Ça fait six ans que je suis là, je plie les jambes, je tends les bras, mais je rebondis toujours au même endroit : Londres.
Toutes ces filles étaient et sont extras, elles aiment le voyage c’est sûr, elles auraient même bien besoin de se sédentariser, mais j’en ai des potes. Sans compter, celles depuis toujours, qui sont en France. Elles sont juste toutes, sans exception, loin. Oui, j’ai des copines, des vraies, des bonnes, des qui sont là quand ça va pas, des qui sont drôles, des intéressantes, pas toutes, des qui te donnent la patate, des qui en fait sont des copains, des qui ont aussi des problèmes, des jolies, des moins jolies, des qui pourraient faire un effort... Enfin des myriades. Faut juste être patiente pour les voir et surtout pas les rater quand elles viennent.
Mais pourquoi j’avais aucune Anglaise dans ma liste ? C’aurait été bien pratique pourtant. J’avais ma Cathy-Catoche, mais c’était aussi la sœur de mon mec, donc pas toujours évident.
Ça demandait réflexion ça… qu’est-ce que j’avais contre les Anglaises ?
Faisons un point. On savait déjà que je trouvais les hommes difficiles à cerner ; les femmes me paraissaient, elles, inaccessibles. Tous sexes confondus, ils me paraissaient tous pervertis par la politesse et la diplomatie, ils ne me regardaient jamais dans les yeux, verts et mystérieux pour ma part, et ne se touchaient jamais. Pas de main sur l’épaule amicale, ni sur la cuisse pour expliquer un point important et jamais de coco sur la tête pour rigoler. Je n’étais, par ailleurs, pas assez entreprenante, j’attendais qu’on m’approche, qu’on m’invite.
J’attendais...
Ils exécraient l’impromptu et l’inattendu, mais vénéraient le rendez-vous, qui ne va jamais sans son agenda, que je me suis procuré depuis, cela va sans dire. Ils n’étaient pas soirée à la maison. Ils étaient pub et binge drinking. Je n’étais pas contre, mais mon grand corps n’aimait plus les lendemains de binge et mes tremblements aux mains non plus. J’arrêtais tout ou j’allais chez les AA.
Mais moi, Marie, je ne me suis pas découragée, et à cause du football et des gens qui parlent Elfish, un jour, je me suis dis : allez zut, « essayons » ces Anglaises. J’aimais bien comment elles s’habillaient, elles avaient l’air décomplexées, libérées. Ça faisait envie. Elles aimaient le mini, les couleurs et  le bout de gras qui dépassait de la chemise. Pour faire couleur locale, je m’y suis mise.
Sachez que même si ce n’est pas vrai ou même si vous ne l’êtes pas, nous les Françaises avons la réputation d’être mince. C’est comme ça. Ne le niez pas, mais glissez vous, comme moi, dans la peau de cette Française. Si on me disait que j’étais mince comme un roseau, je disais bien sûr. La réalité était tout autre et comme je ne suis pas un petit rat de l’opéra, j’ai hérité des petits bourrelets, rapport à la bière et les chips au vinaigre. Hey, je m’adaptais !

Alors, voilà où j’en suis aujourd’hui, je fais le bilan: il ne faut pas se vexer, il n’y a rien de personnel, c’est dans leur culture. J’ai mis du temps mais j’ai réussi, je les aime mes Anglais et mes Anglaises. Je vous aime Jessica, Kate, Rachel, Alice, Alex, Sarah, Carole, Sonia, Jane etc.… vous  m’intriguez, je ne vous comprends pas toujours, mais vous valez le détour. Je vous ai bien eu en tombant enceinte.  Vous avez adoré ! J’ai dû me tourner vers une autre catégorie de filles. Mais pourquoi pas, si on parle pas que de couches culottes et de vomi.