mardi 15 mai 2012

Hello, Goodbye

--> You say goodbye, I say hello ! Hello hello…
C’est la fin d’une ère, la Londonienne difficile comme je l’appelle. La rebelle, la coriace, la fougueuse. La salope.
Ce fut une période d’apprentissage et dans mon souvenir, également une longue complainte teintée d’éclaircies sociales, de rencontre des autres et de soi. Ça me fait parler comme un coach de vie ces histoires.
Catherine Ringer le chantait dansles années 80 « Les histoires d’amour finissent mal …en général ». La mienne n’y a pas échappé, à force de tirer sur la corde, elle a cédé. Mon mec et moi avons pris des chemins opposés et une pause Kit Kat s’imposait. C’est triste mais ça forge le caractère.

À cette époque, j’étais pas fraîche mais l’Angleterre m’a attrapée  par le calbute et m’a regardée droit en face pour me dire : « toi, ma cocotte, tu vas te bouger le cul vite fait, bien fait. C’est ici que ça se passe, alors gogo go, pull yourself together ! ». Moi, à moitié inconsciente de chagrin et de désespoir, comme Juliette sans son Roméo ou Belle sans son Clochard, j’ai mis du temps à comprendre le message. Mais, jour après jour, je me suis reconstruite, et j’ai volé de mes propres ailes comme une jolie colombe. Je suis enfin devenue Anglaise, sans les dents en avant. Plus besoin de béquille, ou de punching-ball pour me délester de mes frustrations. Je me suis accordée un trimestre pour cuver ma défaite, et boire à  la santé de tous mes échecs. Pleurer dans les chaumières, et ressasser tout depuis le début. Où avais-je merdé ?
Hélas, je n’ai eu que très peu de temps pour m’apitoyer sur mon sort. J’avais deux bambins dans les pattes et eux, ils s’en foutaient de mon petit cœur. Ils avaient faim, ils avaient soif, ils étaient féroces et sans reproche. Tels des oisillons dans leur nid, ils criaient famine et à l’aide, occupe toi de nous ! Ils étaient unis,  solidaires et impitoyables, à me secouer pour que je me réveille de ce cauchemar. Acculée, je n’avais plus qu’une option, me battre. Sein à l’air et arbalète dans le dos, telle une amazone j’ai vaincu la déprime en achetant le livre de recettes de Jamie Oliver. Jamie, je devrais te remercier et me serrer dans tes bras huile d’olive et citron, car c’est toi qui m’a tendu la main graisseuse et sauvé de la sinistrose.
Ils avaient faim les morveux ? Je leur ai fait du sur mesure aux petits oignons. Ils avaient soif, je leur ai fait de la limonade aux citrons de Séville, je pouvais tout faire à cette époque, j’avais le don des dieux de la gastronomie. Depuis, ils m’ont quitté pour sauver d’autres humains dans la panade. Mais rien ne me faisait peur, tout était possible, c’était la Tour d’Argent tous les jours, et ces deux gredins étaient insatiables.
J’ai aussi mis le pied à l’étrier du bricolage. DIY (Do It Yourself) ? Oui, je pouvais construire des étagères, creuser  un trou dans le jardin pour planter un arbre, pas de problème. Couper les haies ? Tondre le gazon… J’étais l’homme-orchestre et je n’avais besoin de personne et surtout pas d’un homme encore moins de Pip. Sorry my dear. La vie pouvait continuer sans lui. Pour moi en tout cas, les enfants le voyaient tous les deux jours, à la porte, que je prenais soin d’ouvrir en restant cachée derrière, pour éviter toute collision latérale. Imaginez Tom Cruise et Jamie Foxxxxx dans un taxi. Espace confiné. Au secours.Tom prend Jamie en otage. Nous, spectateurs, sentons la sueur, pas la nôtre non, mais celle de Jamie, celle de la peur, celle de « Comment je faispour me sortir de là ?? Fuck ! », celle de l’oppression. À partqu’on nétait pas dans un taxi, c’est un peu ça que je ressentais quand Pip venait chercher les enfants et qu’il frappait à la porte. La sueur !
Je ne me reconnaissais plus, mais je savais au fond de moi, que cette métamorphose était nécessaire pour oublier. De toute façon c’était ça ou la boisson. Oui, je regardais souvent à des heures incongrues, la bouteille de Martini. Je pensais d’abord glamour avec James Bond et son Martini on the rocks et puis très vite j’avais soif et je me disais que moi aussi j’en boirais bien un. Mais il n’était que dix heures du mat et un café ferait l’affaire. Ou un Nespresso si vous voyez ce que je veux dire. 

Cette période a duré un an. Jour pour jour. Pas d’avoir envie d’un petit verre, mais de me sentir perdue. Et puis, Septembre est arrivé, la rentrée j’imagine, les nouveaux départs et ma vie a pris une autre tournure. Les choses sont devenues plus légères et la vie plus rose. Le bonheur avait-il frappé à ma porte ? Again ?






mardi 8 mai 2012

Let it Be

 Pourquoi ne pas faire une étude à la loupe des habitudes de mes chers Rosbifs ?
Je peux très bien être anthropologue pour la journée. Je crois franchement qu’après six années passées dans ce pays, ce diplôme devrait m’être accordé. Ça ou la nationalité. Enfin, moi, j’aime bien être française. Parce que, plaignez-vous les gars, d’être français et de votre pays qui tombe en décrépitude; mais moi, ce passeport m’a toujours porté chance à  l’étranger. Qu’ils soient américains ou anglais, ils adooooorent mon accent, comment je m’habille et même ma façon de penser. Pour eux, je suis élégante, libre et moderne. So french ! Et on ne rigole pas. Avant, je n’avais pas conscience de ces atouts. C’est devenu, tout doucement, un avantage d’être française. Mes défauts se sont transformés en qualités. Si ça, c’est pas super ! J’étais parfois bougonne et impulsive, parfois trop directe avec certaines personnes. Même moi ça m’énervait. Et bien non, eux, ils aimaient bien.
Ça n’a pas toujours été le cas. Au début, on me regardait un peu de travers. Ils étaient  choqués qu’on puisse dire franchement ce qu’on pense, sans humour, dérision ou gêne.  Avec le temps, ils ont compris comment je fonctionnais et ne s’offusquaient plus. J’ai même parfois ressenti une pointe d’envie. Comme si pour eux, c’était juste impossible. On ne leur avait pas appris.
Beh oui, les Anglais sont diplomates, archis polis, ils tergiversent beaucoup et surtout s’excusent en permanence : oups I’m sorry. Même quand c’est pas de leur faute.
Mon mari et moi avons eu l’occasion plus d’une fois de confronter nos différences culturelles. Je regrette qu’on ne m’ait pas donné un petit guide, un feuillet aurait fait l’affaire, sur comment comprendre les Anglais. Décrypter leur Non, reconnaître un OUI. C’est un peuple complexe vous savez, ils trouvent très difficile de dire les choses comme elles sont. Prenons l’exemple d’une journée shopping avec son mari. Prenons mon mari. Il essaie une fringue dans une cabine d’essayage, en ressort gêné et penaud, proche du malaise (rien que ça je ne comprend pas, j’aimerais que ce soit dans le guide aussi!).
Une Anglaise dirait à mon mari : « Oh yes, c’est bien ça ! J’aime les petites finitions en rouges, c’est chic ».  Moi, j’ai dit : « Ah ça va pas être possible Darling, les décorations rouges, là, t’as l’air d’un sapin de Noël, essaie donc autre chose. Le bleu te va mieux en général, ça fait ressortir tes beaux yeux que j’aime tant ».
Voilà, c’est net, précis, sans chichis. Direct quoi. Pas méchant. Ni gentil. C’est : on essaie des fringues depuis trois heures, j’ai faim et t’arrives pas à te décider, j’en ai marre !!
Alors, en Angleterre, ma méthode ne marche pas du tout. C’est comme un choc, ou une baffe en pleine gueule.  C’est agressif et belliqueux.
C’était le même souci pour aller au cinéma ou faire les courses. Si j’ai pas envie de faire quelque chose, je dis : non. Si j’avais eu ce maudit guide, j’aurais compris que parfois, pour exprimer un non, il faut dire un oui.
   Situation typique : 
-    Veux-tu aller voir Fast and Furious IV ce soir au cinéma ? 
-    Oui, pourquoi pas, mais j’avais vraiment envie d’aller voir Jane Eyre (ou Crimes et châtiments ou Barry Lindon, choisissez un film aux antipodes) plutôt. Pas toi ? 

Après ce grand moment de diplomatie, il faut  croiser les doigts et prier pour que l’individu saisisse la perche, sinon, mes chers amis, vous êtes obligés d’aller voir les voitures de courses et Vin Diesel. Ok, y’a aussi le blond aux yeux bleus que ça me dérangerait pas qu'il me pourchasse, mais c’est les voitures, mon problème.
Et moi, je dis qu’un non bien franc, évite souvent les emmerdes et en terme financier, ça peut faire faire des économies. 
Cependant, il y avait une urgence avec la belle famille. J’ai dû tempérer plus rapidement avec eux, dans l’espoir d’avoir quand même des gens qui m’aiment et pas toujours me sentir  seule.
Si on récapitule tout, mon anglais était à revoir, mon accent à couper aux couteaux et mes aptitudes sociales à étudier en profondeur. 

Grâce à tout ce savoir aujourd’hui, je ne relève plus chaque réflexion faite sur les Français qui sentent le camembert ou mauvais tout court. Je n’ai plus de territoire à défendre. Je suis entre deux pays, je n’appartiens à aucun. Et je sens bon.

Non, vraiment Vive l’Angleterre !











mardi 1 mai 2012

With a Little Help from My Friends

 
Retour à  London city, tout le monde descend.

Malgré la grisaille londonienne, j’étais encore en after honeymoon. J’avais décidé que je voulais perdurer l’insouciance, le fun,  la rigolade, le tordage de boyaux, le mal aux zygomatiques. Mais pour cela il me fallait une copine. J’avais besoin de papoter pour rien dire, besoin de légèreté, de parler de vernis à ongles et des news de Voici, de coupes de cheveux et du mec assis à la table de derrière qui n’arrête pas de nous, me, mater. J’étais une pouffe comme les autres et j’avais des besoins. Marre de régler des problèmes ou de faire des efforts. Le fils et le mari me parlaient football ou Elfishe, il y avait donc urgence à aller voir ailleurs et faire des rencontres.
Le pire, c’est que j’en avais des copines. Il y a eu Jule, l’Allemande, hyper cool. La  bio dans toute sa splendeur qui recycle tout ce qui bouge, avec ses pulls tricotés maison et ses chaussettes dans ses sandales. Clic clac ! On bossait ensemble et au bout d’un an, elle est partie avec son mec, vivre en Nouvelle-Zélande. Merci. On pouvait pas faire plus loin. Difficile d’aller la voir, c’était pas l’envie qui me manquait mais l’argent et le temps. Ensuite, il y a eu Nathalie, ah Nathalie… c’était ma copine de pub. Une pinte, une clope. Célibataire et toujours prête à faire la fête. Présentée par ma copine parisienne, c’était une globe-trotteuse. Elle débarquait de dix ans en Amérique et, comme moi, parlait le Jean-Claude Van Damme à merveille. On s’comprenait. Ça faisait du bien qu’elle vienne à la maison, et qu’on rigole en français. C’est dommage… Nathalie… le Brésil lui a tendu les bras pour un boulot et elle m’a laissée tomber comme une vieille chaussette. C’est sûr, moi, à coté d’un beau brésilien musclé, bronzé, sur un char à Rio, je n’ai pas fait le poids.
Plus tard, il y a eu Souad, rencontrée grâce à une amie commune et partie pour New York à peine avais-je commencé à lui raconter ma vie... J’y ai pensé, mais non. Rien à voir avec moi, si elles partaient toutes. Je suis, moi-même, une bonne amie. En tout cas, je m’applique.
Bon, passons à Sara, l’italienne qui vient juste de partir pour Ramsgate. C’était ma copine de cinoche et en plus nos enfants s’entendaient bien. Ramsgate… c’est la plus proche de toutes en fait. Une heure de Londres.
Peut-être que Londres n’est qu’un tremplin pour aller plus loin. Puré ! Ça fait six ans que je suis là, je plie les jambes, je tends les bras, mais je rebondis toujours au même endroit : Londres.
Toutes ces filles étaient et sont extras, elles aiment le voyage c’est sûr, elles auraient même bien besoin de se sédentariser, mais j’en ai des potes. Sans compter, celles depuis toujours, qui sont en France. Elles sont juste toutes, sans exception, loin. Oui, j’ai des copines, des vraies, des bonnes, des qui sont là quand ça va pas, des qui sont drôles, des intéressantes, pas toutes, des qui te donnent la patate, des qui en fait sont des copains, des qui ont aussi des problèmes, des jolies, des moins jolies, des qui pourraient faire un effort... Enfin des myriades. Faut juste être patiente pour les voir et surtout pas les rater quand elles viennent.
Mais pourquoi j’avais aucune Anglaise dans ma liste ? C’aurait été bien pratique pourtant. J’avais ma Cathy-Catoche, mais c’était aussi la sœur de mon mec, donc pas toujours évident.
Ça demandait réflexion ça… qu’est-ce que j’avais contre les Anglaises ?
Faisons un point. On savait déjà que je trouvais les hommes difficiles à cerner ; les femmes me paraissaient, elles, inaccessibles. Tous sexes confondus, ils me paraissaient tous pervertis par la politesse et la diplomatie, ils ne me regardaient jamais dans les yeux, verts et mystérieux pour ma part, et ne se touchaient jamais. Pas de main sur l’épaule amicale, ni sur la cuisse pour expliquer un point important et jamais de coco sur la tête pour rigoler. Je n’étais, par ailleurs, pas assez entreprenante, j’attendais qu’on m’approche, qu’on m’invite.
J’attendais...
Ils exécraient l’impromptu et l’inattendu, mais vénéraient le rendez-vous, qui ne va jamais sans son agenda, que je me suis procuré depuis, cela va sans dire. Ils n’étaient pas soirée à la maison. Ils étaient pub et binge drinking. Je n’étais pas contre, mais mon grand corps n’aimait plus les lendemains de binge et mes tremblements aux mains non plus. J’arrêtais tout ou j’allais chez les AA.
Mais moi, Marie, je ne me suis pas découragée, et à cause du football et des gens qui parlent Elfish, un jour, je me suis dis : allez zut, « essayons » ces Anglaises. J’aimais bien comment elles s’habillaient, elles avaient l’air décomplexées, libérées. Ça faisait envie. Elles aimaient le mini, les couleurs et  le bout de gras qui dépassait de la chemise. Pour faire couleur locale, je m’y suis mise.
Sachez que même si ce n’est pas vrai ou même si vous ne l’êtes pas, nous les Françaises avons la réputation d’être mince. C’est comme ça. Ne le niez pas, mais glissez vous, comme moi, dans la peau de cette Française. Si on me disait que j’étais mince comme un roseau, je disais bien sûr. La réalité était tout autre et comme je ne suis pas un petit rat de l’opéra, j’ai hérité des petits bourrelets, rapport à la bière et les chips au vinaigre. Hey, je m’adaptais !

Alors, voilà où j’en suis aujourd’hui, je fais le bilan: il ne faut pas se vexer, il n’y a rien de personnel, c’est dans leur culture. J’ai mis du temps mais j’ai réussi, je les aime mes Anglais et mes Anglaises. Je vous aime Jessica, Kate, Rachel, Alice, Alex, Sarah, Carole, Sonia, Jane etc.… vous  m’intriguez, je ne vous comprends pas toujours, mais vous valez le détour. Je vous ai bien eu en tombant enceinte.  Vous avez adoré ! J’ai dû me tourner vers une autre catégorie de filles. Mais pourquoi pas, si on parle pas que de couches culottes et de vomi.






mardi 24 avril 2012

Good Day Sunshine

 
Honeymoon et lune de miel.
Dans ma vie de femme mariée, j’avais envie de faire les choses comme dans Martine. Fiançailles, mariage, bébé, faire des gâteaux à la maison avec Pouf le chien. Avant, je croyais que le mariage était  réservé aux princesses et Martine. Ces images édulcorées et über romantiques tourbillonnaient dans ma tête, et j’étais convaincue que, si je me mariais ça ne serait qu’une fois, car l’amour de mariage, il n’y en a qu’un seul.  
Alors qui m’a foutu ça dans la tête ? Mystère.
Ma mère contrôlait furieusement mes lectures et me forçait à lire les classiques de la littérature française. Donc, non, ce n’est pas à cause d’elle. Mon père, n’a jamais cru aux fées, donc c’est pas lui non plus. Ça doit venir de ma copine Hélène. Non. Estelle. Oui ! Elle était ANGLAISE. C’était ma première copine et on se racontait des histoires de princesses et de Heidi jusqu'à pas d’heure quand je dormais chez elle. C ‘ EST ELLE la responsable !!!!!!
Avec tout ça, j’en étais devenue une romantique écervelée et d’après mon manuel Rothschildien, il était bientôt l’heure de faire un bébé. Les choses se faisant dans un certain ordre et nous avions passé l’étape lune de miel avec brio.

Je nous donne du 10/10. Je sens encore le sable chaud mexicain sur ma peau. Dix jours d’oubli total de ce qu’il pouvait se passer dans le monde. Je n’avais plus de famille, ni d’amis ou de travail, je n’avais jamais vécu à Londres non plus. Je luttais juste pour ne jamais oublier que j’avais un fils en Europe qui m’attendait.
Je marchais à la cerveza et aux shoots de soleil, pilotage automatique direction le bonheur. Je n’ai pas décollé mon derrière du transat, sauf pour boire quelques cocos locos et faire trois brasses dans la piscine, entourée de palmiers et bercée par une brise délicate. Oscar, je te jure que tous les jours, je me disais, ah si tu étais là…. Mais tu n’étais pas là.

On a quitté cet endroit paradisiaque une seule fois, pour connaître un peu le vrai Mexique, le poussiéreux, le moustachu, celui qui sue et qu’on traverse par les montagnes en roulant toute une nuit et découvrir Oaxaca.
 Nuit froide, un bus rempli de poules, de familles entières, d’odeurs nauséabondes provenant des « toilettes ». Pendant que je m’interrogeais sur la pissotière et l’odeur immonde, la petite fille devant moi en a profité pour vomir sous mon siège et  sur mes pieds. J’étais contente, en plus de la pisse, ça sentait le vomi maintenant. Mes chaussures gisaient dans sa bile. J’aimais le Mexique. J’aimais cette lune de miel et ce bus.


 


« Arriba !!! » on est arrivé à six heures du mat, complètement crevés, sales et affamés. On a erré comme des fantômes, pendant deux heures, le temps que la ville se réveille. On était le 31 Octobre, la fête des morts, journée commémorative plutôt festive chez eux, et pour nous, touristes, c’était génial d’être là, dans les défilés, les marchés, dans les rues animées. Nous n’avons pas résisté à l’achat de chapeaux Mexicains (je fais ce que je veux) et aux poses photos façons « hihaaaa bang bang ! » comme dans Les trois amigos. Faut faire semblant d’avoir des pistolets …et tirer en l’air. En fin de journée, j’avais quand même hâte de retrouver mon hôtel , ma bulle de bonheur à Puerto Escondido. 


Sinon, parler espagnol nous allait bien à Pip et moi. Au moins, on avait trouvé un terrain d’entente. Neutralité, cessez le feu, plus de barrage linguistique ni de Pouah. On se moquait facilement de l’autre et  se retrouvait à deux dans la même galère. On était donc obligé de se soutenir. Des fois, je ne le soutenais pas. Je le laissais s’empêtrer dans son mouise linguistique. Je parlais un peu mieux que lui ; j’aimais fermer les yeux et l’entendre parler le Jane Birkin espagnol. Il maitrisait bien le « una cerveza por favor » et parlait mieux aux alentours de 22h00 et de dix cervezas.
Je voudrais en profiter pour remercier Mme Worms, ma prof d’espagnol, qui m’a bassiné pendant deux ans à répéter sans arrêt la même chose. Je ne pensais pas que, si tard dans ma vie, je m’en rappellerais et que cela me serait très utile. Alors merci. Et puis une lune de miel, c’est bien.

En vacances, on oublie tout, on a plus rien à faire du tout, on s’envoie en l’air, ça c’est super.












mardi 17 avril 2012

A Hard Day's Night

 
Les lendemains difficiles, parlons-en.

Nous voilà de retour, chez nous. Londres again. J’étais une nouvelle femme, je crois, transformée par le mariage, déjà.
Oscar avait l’air d’aller aussi. Les mariages, il s’en foutait, son truc c’était le foot. Il s’était rendu compte que pour se faire des copains et avoir des choses à dire aux adultes, le football était la clef. Si tu vis en Angleterre, tu dois supporter une équipe de foot. Question de survie. Je n’avais pas encore choisi la mienne, d’où mes soucis. C’était pourtant pas faute d’en entendre parler quasi tous les jours. Le choix d’Oscar s’était imposé de lui-même : Arsenal.
Petite précision : je n’ai jamais été une fan de sport en général, mais le foot en particulier, c’était pas question. J’ai fait beaucoup de sport dans ma jeunesse et j’aimerais que ça reste un bon souvenir. J’avais grandi avec une mauvaise image de ce sport.  En Angleterre,  j’avoue que c’était différent, le foot était  fédérateur : hommes, femmes, enfants, tout le monde s’y connaissait un peu, il y avait toujours un moment, où le sujet était mis sur le tapis. Et là, souvent, je m’emmerdais.

Oscar me saoulait d’informations footballistiques, j’en savais plus que je ne l’aurais voulu. Mais c’était là où le mariage m’avait vraiment changé : j’ai cédé. Il fallait aussi que je redore mon blason de meilleure maman du monde car Oscar m’accusait de maltraitantes émotionnelles. J’ai donc pris mon air intéressé que je réserve normalement aux personnes âgées.
Baisser les armes à ce moment fatidique, a vraiment été un vrai tournant dans ma carrière anglaise et depuis le foot m’a permis une ou deux fois de briller en société. Française, j’entends. Et ça, Julie, tu me diras ce que tu veux, mais c’est pas de la gnognotte. Une femme en France qui parle de foot, ça en jette. Il faut bien sûr, avoir un port de tête à la hauteur de la conversation, avoir l’air cultivé, informé, sans tabou ; être une personne qui peut parler et de foot, et du commerce illégal de diamants en Afrique et de la sexualité dans le couple-  ou l’art de séduire. Et oui, j’avais un avis sur tout.

Mais, plus important que le foot, je ne ratais pas une occasion de parler de la lune de miel que je nous concoctais. J’ai déjà mentionné que je voyageais souvent les yeux ouverts ; là, mes amis, je m’en suis donnée à cœur joie. A m’en faire vomir ! Presque à ne plus avoir envie de partir tellement j'avais l’impression d’y être allé mille fois. Dommage, mon boulot m’obligeait à redescendre sur terre, et à abandonner mes surfeurs Hawaïens. Je stressais, ne dormais pas la nuit à cause d’un dossier en cours ou parce que mon patron avait oublié toutes ses cartes de crédit, qu’on était samedi, qu’il était à New York et  qu’il les voulait pour demain dimanche, sinon il pouvait pas faire ses courses sur la 5ième avenue. Ça me mettait dans des états pas possibles et de retour à la maison, je me transformais en dragon. Tout ce que je ne pouvais pas dire à mon patron sans me faire virer, et bien, je le jetai sous forme de boules de feu à mon mari.

Alors, je précise que se disputer en Franglais, est très difficile. Il faut manier les deux langues d’une main de maître, être capable de jongler de l’une à l’autre sans hésiter. Être un Jedi, rapide et calme à la fois. Oscar pense que c’est une religion. Il y a le bouddhisme et le jedi.  Hélas, avec moi, ça partait dans tous les sens. J’avais inventé une troisième langue, que personne, à part moi, ne parlait. Depuis Le Seigneur des Anneaux, Oscar et Pip avaient la chance de pouvoir parler le Elfiche. Ils me disaient que c’était pas pour les filles, et je répondais « et Arwen c’est du poulet ? ». Tant pis pour eux s’ils voulaient pas m’apprendre l'Elfiche, des rugissements sortaient de ma bouche, des sons gutturaux incontrôlables. Je n’arrivai pas à faire dans la bonne engueulade qui fait du bien par où ça passe. Non. En plus, mon mari parlait le français avec un léger accent allemand et la voix de Jane Birkin. Très rare et très énervant. Vicieux même, car ça me rendait dingue.  Ma colère laissait place à de la frustration et c’est à ce moment-là que je parlais le Pouah.
Meeeerrrrrrrdeuhhhhhhh faaaaaaaaaaaisssssss chiiiiiiierrrrr  pouhhhhaaaaa!!!!!
Quelle lancée de flammes, quel bafouillage ! 

Ça me rappelle d’ailleurs, une autre fois, où je suis rentrée dans une agence de recrutement, histoire de me trouver un boulot. Des fois, j’avais envie de travailler. Comme ce jour-là. J’étais bien habillée, bien coiffée, un peu Cindy Crawford sur les bords - là, je fais un double-take et je vous dis : ben quoi ? Et je sentais bon, aussi. J’ai marché trois kilomètres pour y aller. Il faisait beau et j’avais l’impression d’avoir la baraka. CV à la main, démarche assurée (Cindy), j’avais un but, un seul : me dégotter un boulot dans la journée. J’arrivai donc, dans cette agence, dirons nous… locale (Fame Recruitment, ça sentait bon le succès). Je suis rentrée… des gens étaient déjà en réunion à une table. Ça manquait un peu d’intimité, ça m’a déstabilisé direct. La Cindy en moi n’a pas aimé. J’ai foncé sans réfléchir sur la première personne que j’ai vu, pour avoir l’air de contrôler la situation genre working girl qui n’a besoin de rien, même pas d’un boulot, et je lui ai dit : « Hello, I was wondering if you had any adminkasodshfi  and secrepoaioasjf  jobs ? »
La dame m’a regardé comme si j’avais du sang qui sortait de mes yeux et m’a dit : «  Vous avez le droit de travailler en Angleterre ? »
Ça commençait mal ce rendez-vous. Ça faisait six ans que je vivais ici, oui, j’avais tous les droits et j’avais aussi mon CV avec moi. Je pouvais lui laisser si elle voulait bien. Elle m’a répondu que non, ils ne procédaient pas de cette manière ici, que je devais l’envoyer par e mail. Même si j’étais juste en face d’elle ? Oui.
Elle faisait tout pour que je comprenne que c’était pas la peine d’insister, que je pouvais repartir sur mes podiums. Goodbye Cindy.
Slow motion, revenons sur ce qui s’est réellement passé avec cette dame. Une fois la mèche de cheveux balayée négligemment, j’ai bafouillé ! Voilà tout. Ça arrive non ? D’accord, j’ai buté sur les deux seuls mots qu’il fallait pas : secrétaire et administration. C’est con, j’avais eu mes trois kilomètres pour me préparer et répéter mon speech dans ma tête. Mais non, j’étais bien trop occupée à me prendre pour Cindy. Merde, merde et re-merde. Pourquoi?

C’était un peu comme ça tous les jours en fait. Que ce soit toute seule de mon côté ou avec mon mec, il fallait se rendre à l’évidence, mon anglais et ma prestance étaient à travailler.
Halala, heureusement qu’à cette période là, comme je disais, j’avais la lune de miel pour m’évader un peu.
L’aventure Mexicaine, sous le soleil de Mexico, MEXICO… MEXIIII…….COOOO 









mardi 10 avril 2012

When I'm sixty-four

 Je me marie, ça vous défrise ?
 
Voilà, nous étions un 6 Août et c’était le jour de mon mariage. Effervescence,  tension, peur d’être en retard et d’oublier de mettre une culotte bleue pour la chance, une centaine d’invités, mains moites : l’émotion était à son comble. Je savais que rien de grave ne pouvait arriver ; le marié était bel et bien là et n’avait pas changé d’avis. Que demander de plus ? Ça commençait vachement bien cette histoire.
Samedi matin, c’était jour du marché. Direction la mairie, en famille. En fait, c’est ce que j’ai préféré. C’était simple. Le Maire était chaleureux, avec son accent du sud à couper au couteau. Pas sûre que mon mari ait tout compris, d’ailleurs. En sortant de la mairie, les petits vieux du village nous ont serré la pince, en nous donnant leur bénédiction. Voilà, ça aurait pu s’arrêter là, pour moi. Ma robe turquoise à canards jaunes faisait des ravages, je me sentais pousser des ailes (de canards).



J’ai à peine vu mon mari de la journée. Il y avait, malgré l’allégresse de la fête, deux mondes devant nous. Les Français, tous la clope au bec, aux tenues chics et les Anglais rougis par le soleil et qui n’en revenaient pas d’être en France et à un mariage en même temps.





Après, ça s’est corsé un peu au niveau des discours. Les Anglais sont très friands de ces choses-là, nous Français, moins. Il a fallu traduire chaque intervention et on n’avait pas vraiment réfléchi à ça. Un ami bien urbain, mon meilleur, Cédric, s’est dévoué. Ça nous a valu trois heures, montre en main, de discours. J’en ai vu bailler et même se plaindre. Je pense que mon père a réussi à vexer deux ou trois personnes ce soir là et un peuple entier, quand il a chanté «  buvons un coup, buvons en deux… Et merde pour le roi d’Angleterre ! ». Celle-là je pense qu’on aurait pu s’en passer… Mais, on a les parents qu’on a. Les Anglais étaient tellement plus distingués. Mon beau-frère était chargé de nous transmettre les hommages de ceux qui n’avaient pu venir, ou de nous rappeler, combien Pip était amoureux et transformé depuis notre rencontre. Quelques anecdotes rigolotes sur lui petit et c’était fini (mon père, pendant ce temps, levait toujours son verre à l’Angleterre).

Première danse sur une chanson de Nougaro qu’on avait soigneusement choisie et qui n’arriva jamais. On a dansé quand même,  je sais plus comment, ni sur quoi, mes souvenirs sont embrouillés par le champagne, j’espère juste que je n’ai pas fait ma choré au sol avec Julie et Cédric. On a fermé la boutique à cinq heures.
Hey, les copains, est-ce qu’à un moment donné, j’ai fait le rouleau compresseur, entortillée dans ma robe ? Allez dites-moi ! Petit Jésus, faites que non.

Lendemains difficiles donc, mais heureuse d’être franco-anglaise, heureuse  d’être mariée à Pip, les mariages j’adore, mais bon,  heureuse que ce soit fini aussi.








mardi 3 avril 2012

Twist and Shout # 2


Ma boîte travaillait sur la sortie de ce film documentaire très chouette « The Devil and Daniel Johnston » sur la vie de Daniel Johnston, un artiste touche à tout, qui jeunot s’était fabriqué un studio d’enregistrement et un univers bien à lui pour enregistrer ses propres chansons, sur ses propres cassettes, dessiner ses pochettes et distribuer ses œuvres à ses copains. Il était fan de Casper le petit fantôme, de Captain America, et avait peur du diable. Sa vie avait été interrompue par de nombreux séjours en asile psychiatrique. Je le trouvais très touchant et attachant mais il y avait, je pense, une manière de le prendre, de lui parler. Il fallait se mettre à son niveau de folie douce, c’était dur d’être fan de lui et de le craindre en même temps. Sa venue à Londres terrifiait donc tout le monde surtout que pour la promo de ce film, il avait décidé de chanter. Daniel, qui avait plus de 50 ans à l’époque, n’avait pas chanté depuis des lustres et sortait juste d’un de ses longs séjours chez le « docteur ». Aussi, il aimait bien porter toujours le même T-shirt blanc. Gris, non, noir. Ah si, il était blanc, mais de le porter tous les jours, dormir avec , manger avec et s’en servir de bavoir, ça donnait un effet grisâtre…Daniel, il aimait bien fumer aussi. Il allumait ses clopes les unes après les autres, c’était plus pratique. Et puis c’était gratos pour se teindre les cheveux en jaune, quand on les avait blancs, comme Daniel. Daniel était quelqu’un de tourmenté. Mais moi aussi, figurez-vous : j’étais en plein stress mariage, patron qui disparaissait régulièrement et maintenant  y’avait Daniel à gérer. Ça faisait beaucoup.
Personnellement, j’avais pas grand-chose à voir avec lui. C’était tout le bureau qui était en alerte rouge pour lui. Je l’ai vu au pub du coin, fumer sa clope dehors, l’air hagard, pendant que mon patron le félicitait de son beau film. Il me fixait étrangement, j’avais un chouia peur. Sur un ton un peu pâteux, interrompant sa garde rapprochée, il m’a balancé de loin : « Hey toi, t’as bien aimé mon film ? »



Alors là, Dany, je t’arrête tout de suite, je suis bien trop à cran pour répondre à ta question !!!!!
Je sais pas si j’ai aimé ton film !Heu… oui, j’ai aimé, tu m’as touché avec tes allures d’homme orchestre, et ton studio maison, tes cassettes, tout ce bricolage. On te voit, tu as 18 ans, tu es plein d’espoir et d’énergie, tout droit sorti d’un film de Gondry. Oui, j’ai aimé ton film parce que c’est ta vie, parce que c’est triste, que j’aime la country et que ta musique ça n’en est pas, mais que ça m’a rappelé la country. Cette musique triste qui vient du fond de ton cerveau, qui fascine tes fans. Oui, j’aime ce film car je te vois là, aujourd’hui, devant moi, tu es donc sorti de ton hôpital psychiatrique. De ce que j’ai vu du film, je devrais un peu me méfier, tu avais l’air imprévisible et moi j’ai un mariage sur le dos. Tu comprends, faudrait que rien ne m’arrive juste maintenant, car Dany, je te dis pas le stress que c’est d’organiser un mariage en France quand t’habites à Londres.
Alors, je sais pas Daniel, là tout de suite, j’essaie de suivre mon boss à la trace pour ne pas le perdre,  comme ça, je rentre chez moi pas trop tard et je continue mon deuxième boulot du moment, celui de préparer un mariage.

Daniel, si tu savais. Ma future belle-mère voulait faire une pièce montée pour le dessert et il fallait que je me décide vite, car ça prenait au moins six mois à faire. Et y’avait aussi celui de Noël! Le temps pressait. Pudding ou pièce montée ? Cheddar ou Bleu d’Auvergne ? Tous ces choix me rendaient folle.
Détail important Daniel, mon futur mari devait se convertir à ma religion, qu’on nous disait. J’en avais donc une ! Ça m’a un peu effrayé au départ tous ces rendez-vous avec Jésus, parce que le mariage pour moi, c’était plus l’idée de faire la fête qui me séduisait. Mes peurs s’estompèrent quand le pasteur de notre quartier, nous proposa de discuter de tout ça autour d’une bière. Il a vu que j’avais un enfant et que nous vivions déjà tous sous le même toit, pour lui c’était réglé. Il prit soin de nous demander si nous nous disputions. On a dit : oui bien sûr ! Il a répondu : parfait. D’après lui, fallait pas trop croire aux merveilles du mariage, c’était pas ce qu’on croyait, c’était difficile, avec des épreuves, blablabla... Tout ça autour d’une bière.

Côté Français, on était plus réglo. A ma première visite chez le curé, du village de ma mère, j’ai eu droit à un regard accusateur. J’étais venu avec Oscar, qui comptait les chaises de la salle paroissiale. Je vois qu’on est venu accompagnée ? Moi guillerette, j’acquiesçais. Là : regard réprobateur. Mon interlocuteur avait l’air coriace. Il était plus jeune que moi et me faisait la morale. C’était pas très moderne tout ça Daniel, tu trouves pas ?

Ceci dit, la date fatidique arrivant, je me sentais prête et à aucun moment je n’ai douté ou remis en question notre décision. Si à l’époque le mot mariage ne signifiait encore rien, la petite fête qu’on organisait pour le célébrer était toute bien réfléchie.

Mon partenaire de jeu me plaisait toujours terriblement et j’en étais très amoureuse.